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jeudi 16 octobre 2014

Sylem - Le coeur à l'ouvrage

Après des débuts en sound system dès 1998, puis l’aventure Positiv Young Lion et l’album Fo Nou Rassemblé, Sylem poursuit sa route en solo avec un nouvel album en poche qui prend le relais des projets Soldjah et Lava Ground. Le Martiniquais a quitté les Bermudes et rejoint l’Hexagone, toujours aussi fort et déterminé, comme en témoigne cet opus intitulé Solide, disponible depuis le 2 juin.

Que s’est-il passé depuis la sortie du street album Soldjah en 2010 ?
Après Soldjah, j’ai sorti un one riddim avec le label Disques Durs, le Majestik Riddim, sur lequel on peut retrouver Tiwony, Féfé Typical, Yeahman C, Younggy D, et moi-même, téléchargeable sur toutes les plateformes. Egalement, quelques singles et collaborations, comme « Deh Ya » ou « Beretta », qui ont été clippés et qu’on peut retrouver sur la Toile, quelques participations sur des projets d’autres artistes ou producteurs, comme Asham Ranks ou Gimi Di Sound, et il y a eu aussi ma street tape Lava Ground, en 2013, disponible gratuitement sur le Net.

Quel bilan fais-tu de Lava Ground aujourd’hui ?
Pour Lava Ground, mon but était tout simplement de donner des vibes en attendant l’album. Il a d’ailleurs été très bien accueilli par tous ceux qui me suivent !

Ton nouvel album qui s’intitule Solide est sorti début juin. Comment le définir ?
C’est vraiment un album roots, il n’y a aucun dancehall ! 6 des 10 morceaux proposés sont joués par des musiciens de renom, comme Charles Laubé ou Ras Jumbo, respectivement batteur d’Alpha Blondy et bassiste de Tiken Jah Fakoly. Les autres titres sont composés majoritairement par Jahwan de Just’1 Records, bien connu dans le mouvement reggae. Il y a aussi une instru de Dan Marvicks et l’outro est signée DJ Coolytop. Ce sont toutes des personnes de grand talent selon moi. Nous avons commencé à travailler sur l’album courant 2012. Le projet a mis deux ans à éclore, avec le souci de présenter un album de qualité à tous les fans de reggae music.

Son titre est explicite. Quel est l’état d’esprit qui t’accompagne sur cet album ?
Solide… je crois que tout est dit ! On connaît tous des épreuves dans notre existence, cet album en est le témoignage. L’inspiration m’est venue de la vie, tout simplement. Il y a l’idée également que tout dépend de notre état d’esprit, justement. Rien n’est donné, ni acquis… Il faut donc rester fort devant l’adversité. Si en écoutant le CD, on prend des forces pour affronter tout ce qui nous entoure, c’est que j’aurai rempli ma mission !

Comment se sont passés la composition et le choix des instrumentaux ?
J’ai choisi moi-même tous les instrus, tout en étant aiguillé par Bidi, mon producteur de Disques Durs, le label du rappeur Dany Dan des Sages Poètes De La Rue. C’est lui qui m’a proposé tous les titres acoustiques, à part « L’Etranger ». Les riddims étaient tous déjà composés, sauf l’outro, qui a été complètement faite par rapport à mon texte. Pour les autres, je n’ai eu qu’à m’en imprégner pour trouver les paroles et la mélodie…  

Où ont eu lieu l’enregistrement, le mixage, le mastering ?
La majorité des enregistrements ont été effectués au Feenix Studio, à Paris, certains à Just’1 Records à Creil, et l’outro chez Coolytop. La totalité du mixage et du mastering a été faite au Feenix Studio par l’excellent Tristan Bouche.

Tu parles de cet album comme de « reggae roots acoustique ». Quelles vibrations souhaitais-tu y mettre ?
J’ai surtout voulu parler au cœur de chacun, le reggae étant la musique du cœur par excellence, selon moi. Quand on a l’opportunité de poser sur ce genre d’instrus, c’est l’union de plusieurs personnes pour n’en faire qu’une. Je pense que ça touche à l’essence même du reggae, avec cette notion de partage et de fraternité, et ça se ressent à l’écoute.

Quels sont les titres qui te tiennent le plus à cœur, justement ?
« Aide-Toi » et « Les Cloches Vont Sonner ». Je ne pourrai pas vraiment expliquer pourquoi… C’est une histoire de vibes. Je pense avoir réussi à délivrer ce que je voulais faire passer comme émotions, le public me dira si j’ai tort ou raison ! (rires)

Il n’y a qu’un seul featuring, avec Positiv Young Lion. Pourquoi ?
Tout à fait. Soldjah contenait beaucoup de combinaisons, sans le Positiv Young Lion d’ailleurs. Sur cet album, j’ai voulu leur rendre hommage par rapport à tout ce qu’on a pu traverser ensemble, ça restera toujours marqué en nous, avec la grâce…

Prévois-tu des concerts ? Et avec quels musiciens ?
Ça dépendra surtout des programmateurs, mais que ce soit band ou sound system, comme on dit chez nous aux Antilles, « y a ça la » ! En band, j’ai l’honneur d’avoir Charles Laubé et ses acolytes pour m’accompagner.

Tu as résidé aux Bermudes pendant plusieurs années. Où vis-tu actuellement ?
En ce moment, je suis basé à Noisy-le-Grand, dans le 93, près de Paris.

Quels sont tes projets pour les mois qui viennent ?
Faire en sorte que l’album soit le plus diffusé possible. J’y ai vraiment mis tout mon cœur, ma passion et ma ténacité !

Du nouveau avec Positiv Young Lion ?
Rien de prévu pour l’instant, mais rien n’est définitif non plus. La direction artistique de Positiv Young Lion a beaucoup changé depuis mon départ. Le tout serait de trouver une ligne directrice qui nous correspondrait à tous, comme avant. Le reggae propose une palette tellement large de riddims qu’on trouvera forcément de quoi s’amuser pour pouvoir créer à nouveau. Seul l’avenir nous le dira…

Pour finir, qu’est-ce qui est le plus important dans la vie, selon toi ?
Jah Rastafari, la santé et la famille. Blessed love !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #37 - août/septembre 2014)

lundi 30 mai 2011

Sylem - Soldat de Jah

Depuis plus de dix ans, c’est avec persévérance que Sylem s’est fait une place dans le reggae. Avec Soldjah, l’artiste amorce en parallèle une carrière solo riche en bonnes vibrations. 

Retour sur son parcours, de la Martinique aux Bermudes en passant par la France, de l’école des sound systems à Soldjah en passant par les Positiv Young Lion…

Ton pseudonyme « Sylem » a-t-il une signification particulière ?
« Sylem » vient d'un ancien de ma commune, Le Robert, en Martinique. Il était ce qu'on appelle chez nous un « majo dans ladja », quelqu'un de très respecté dans la danse traditionnelle antillaise. On pourrait comparer cela à la capoeira brésilienne.

Comment as-tu commencé à faire du reggae ?
A cette époque, on en écoutait beaucoup sur des cassettes qui venaient de Sainte Lucie, l’île voisine. Le rythme m'a conquis et ne m'a jamais lâché depuis ! On s'entraînait dans les rues et on montrait ce qu'on savait faire au lycée. On trouvait déjà des talents comme certains membres des Neg Ki Pa Ka Fè La Fèt', Man Tuff, Apach ou Mr Wally.

Quelques mots sur ton sound system Arawak ?
C’est le premier sound system avec lequel j'ai tourné et fait mes armes face à un public. C'était le sound system numéro 1 à Nantes, de 1998 à 2000. On a inspiré d’autres sound à éclore parce qu'on a amené une vibe qui manquait dans la région, la vibe caribéenne. Avec l’efficacité de mon sélecteur Djul Mandika, on a écumé tout l'ouest de la France du nord au sud !

Tu as ensuite intégré Positiv Young Lion aux côtés de Torody et General Lion. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
A l'époque où j'étais avec Arawak, Torody et moi on se connaissait déjà, on était ami. Je connaissais General Lion de loin. Il jouait avec un autre sound de la région, nos crews se respectaient. Il y a eu cassure de mon côté avec mon selecta. General et Torody se sont rapprochés et ont formé leur propre sound, déjà appelé Postiv Young Lion. J'étais en solo et ils m'ont proposé de les rejoindre, ce que j’ai fait !

En 2007 est sorti le premier album de Positiv Young Lion Fo Nou Rassemblé. Que peux-tu en dire aujourd'hui ?
Franchement le produit est de bonne qualité. Je le réécoute parfois et j'aime bien le travail. A chaque morceau, ce sont des souvenirs qui reviennent. Ca a été beaucoup de sacrifices au niveau de la famille, l’argent, le temps et les voyages entre Nantes et Paris. Tout l'album a été réalisé avec la grâce de Jah et sa bénédiction. A chaque fois qu'il y avait un début de galère, Jah résolvait le problème pour nous ! Je remercie Jah, c'était une vraie aventure. Ca nous a pris 3 ans à tout faire en ghetto youths !

Tu te consacres actuellement à ta carrière solo. Fais-tu toujours partie de Positiv Young Lion ?
Positiv Young Lion et moi, c'est for life ! Je me concentre sur mon parcours solo parce que je suis aux Bermudes depuis 4 ans donc c'est une chose qui devenait inévitable vu la distance, mais on a toujours des projets ensemble. D'ailleurs je reviens en France cette année et ça va être fumant !

Comment présenterais-tu ton premier street album
 Soldjah sorti il y a quelques mois ?
Cet album représente tous les aspects du reggae que j'aime et c'est mon premier projet perso : une réunion d'énergie et d’amour. Je tiens à remercier tous ceux qui y ont participé : des artistes à la conception des images, riddims, mixage, mastering, distribution ; et ma famille bien sûr, sans eux rien n'aurait été possible. "No man is an island no man stand alone" !

Comment se sont noués les featuring qu'on retrouve sur l'album ?
Ce sont des personnes que j'apprécie pour leur simplicité et leur gentillesse, et ce sont tous des artistes de talent. J'aime bien les featuring, c'est une combinaison d'énergie où chacun doit pousser l'autre à faire mieux. Tous ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes et je les en remercie ! Dany Dan fait partie de ceux qui me produisent, la collaboration était évidente, d'autant plus que c'est une figure importante du rap. Nazareken, artiste de talent qui chante depuis qu'il est né… Yeahman C, pur singjay quelque soit le dub... Et je citerai Little D Lion, les bermudiens Princess Black et Live Wires, un des membres du crew de Collie Buddz, Roach Killa, et quelques autres dont Younggy, un vrai talent aussi. Ceux que je ne cite pas ne sont sûrement pas moindres, je considère chacun d’eux comme de vrais frères. Pour les riddims, c’était à la vibe, j'ai vraiment utilisé ce qui était à ma portée : quelques jamaïcains, du lourd local et un riddim d'un des membres de Dub Inc.

Tu transmets par ta musique un message rasta, que peux-tu en dire ?
Pour moi, Rastafari, c'est la vie. C'est-à-dire l'esprit divin qui vit en chacun de nous et on se doit de faire de notre mieux pour la lumière de Jah. Vivre et éclairer d'autres plutôt que de laisser les tentations tellement faciles s'emparer de nous. On se trouve face à un défi : peut-on réussir à se préserver dans ce monde de malades qui nous entoure ? La réponse est oui, avec les enseignements de King Hailé Selassie I. C'est un vrai exemple qui s'offre à nous pour mener une vie saine. J'essaie de mettre ça en musique et d'appeler la voix intérieure de chacun qui nous montre ce qui est juste. Beaucoup ont besoin qu'on leur rappelle ces évidences comme apprécier la vie, arrêter de se plaindre pour rien, prendre conscience de ce qui s'offre à nous et qu'on a la possibilité de réaliser tout ce qu'on veut à partir du moment où on arrête de se limiter. Notre histoire en tant que Noirs est ainsi faite que nous devons réapprendre à avoir confiance en nous et reprendre le contrôle de nos vies.

Tu vis aujourd'hui aux Bermudes, quels sont tes projets à venir ?
J'annonce mon retour en France très bientôt, donc j'espère des concerts. Un gros one riddim bermudien sur le feu, Bagay' Cho. Je n’en dis pas trop en espérant réaliser le plus, avec la grâce !

Que penses-tu de la scène reggae actuelle ?
Lorsque je suis revenu en France en 2010, j'ai eu l'occasion de rencontrer Sista Jahan dont j'aime bien la vibes. Pour les nouveaux, étant éloigné, je suis un peu perdu, donc je parlerai de ceux que je connais notamment Younggy D, talentueux. J'aime écouter mes frères Man Tuff et Yeahman C. Et sinon les fondations : big up Straika, Tiwony, Guy Al MC, Admiral T, Positiv Young Lion…

Quel message as-tu envie de transmettre aux lecteurs de Reggae Vibes ?
More Love More Life More Strength Fi Di People Dem! Et bien sûr un big up à Reggae Vibes qui permet de montrer ce que font les artistes. Blessed Love! Give Thanks And Isis!

Soldjah (CD autoproduit)

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine #17 - avril/mai 2011)

samedi 19 février 2011

Sylem

Originaire de Martinique, Sylem vient tout juste de proposer son premier projet solo. Intitulé Soldjah, il regroupe 21 titres conscients enregistrés entre les Bermudes, où il séjourne actuellement, la France et la Martinique.
Passant son enfance en Martinique, Sylem baigne dans la musique dès son plus jeune âge. Dès 15 ans, il se met à chanter, influencé par les pères du reggae, Bob Marley et Peter Tosh, mais aussi par la musique jamaïcaine des années 80 avec Shabba Ranks, Buju Banton, Tony Rebel ou Papa San, sans oublier le zouk de Kassav. En 1998, alors qu’il a rejoint la France, il fonde avec le DJ Djul Mandika le sound system Arawak dans le but de faire connaître et diffuser la musique à un maximum de personnes. Pendant trois années, ils jouent régulièrement côté ouest, notamment à Nantes et Rennes. A la fin de cette aventure, il trouve sa place au sein du Positiv Young Lion pour compléter le duo de chanteurs déjà existant, Torody et General Lion. Ils font de nombreuses scènes et participent à quelques compilations. En 2007 sort leur premier album officiel intitulé Fo Nou Rassemblé. Même si aujourd’hui, Sylem vit aux Bermudes, sa connexion avec le Positiv Young Lion dépasse océans et frontières. Après un an de travail acharné, le premier street album de Sylem, Soldjah, voit enfin le jour. C’est en soldat de Jah, comme le signifie le titre, que Sylem vient passer ses messages conscients et constructifs. « Soldat » car fort et combattant pour s’en sortir dans ce système ; « de Jah », car il s’agit d’un combat placé sous le signe de l’amour et non de la guerre. Agrémenté de nombreux featuring, ce street album présente bien l’entourage du chanteur : entre Dany Dan qui est à la tête du label Disques Durs dont il fait partie, des artistes francophones tels que Yeahman C. et Nazareken, des artistes bermudiens comme Live Wires, sa femme Princess Black ou le canadien Roach Killa. Pour les instrus, tout y est : des riddims jamaïcains comme le Hard Times et des productions locales variées, Sylem ayant un penchant aussi bien pour le reggae roots, que le dancehall, le lover style, le rub a dub mais aussi le soca, la salsa ou le zouk. Quant au chant, l’artiste manipule naturellement français et créole, langues qu’il emploie depuis toujours. S’y ajoute maintenant l’anglais qui lui permet de toucher un public encore plus large, notamment dans l’île qui l’accueille. Pour la suite, Sylem prévoit des sorties sur les productions locales, pourquoi pas de développer des liens entres artistes francophones et bermudiens. Des nouveautés à venir aussi du côté du Positiv Young Lion. Autant dire que malgré les kilomètres, la tête pleine de projets, Sylem devrait faire pas mal parler de lui dans les temps à venir. En véritable soldat de Jah, le combat continue !

Simba 


(pour Reggae Vibes #13 - août/septembre 2010)