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jeudi 17 août 2017

Devi Reed - Roseau Solo

Vous connaissez la voix de Devi Reed grâce au groupe toulousain The Banyans et à ses albums, Steppin’ Forward et For Better Days, qui auront su rassasier nos oreilles de pur reggae roots. Devi a sorti son premier album solo, Essence Of Life, le 19 mai sur le label Khanti Records. Le chanteur ouvre un nouveau chapitre musical et nous en dit un peu plus sur ses futurs projets.

Pour commencer, d’où vient ton nom ?
Devi est mon deuxième prénom et « reed » signifie « roseau » en anglais. C'est une plante qui me parle, car elle plie mais ne rompt jamais. Il y a une fable à propos d'un chêne et d'un roseau… Une grosse tempête arrive et le chêne se moque du petit roseau, mais c’est le chêne qui finit par tomber, alors que le roseau reste debout… Après le grand et majestueux banyan, on peut dire que je reviens en solo en tant que roseau !

Effectivement, on te connaît depuis quelques années comme chanteur du groupe The Banyans, qui a sorti deux albums et donné plus de 400 concerts. Que représente le groupe pour toi ?
Je ne peux pas décrire ce qu’il représente, ce projet m'a tellement apporté ! Ce sont mes premières expériences de scène et de studio, du petit bar du coin au Zénith de Paris, du home studio aux studios Davout… C’est aussi beaucoup de rencontres, de fous rires, de travail, de bonheur, de combat et de persévérance ! Ça m'a permis de réaliser des rêves, d'avancer dans ma passion et de faire passer le message en tournée comme sur album. Se retrouver en studio avec Big Youth ou Johnny Osbourne en Jamaïque, parler de Bob Marley avec Aston Barrett en première partie des Wailers… Forcément, ça restera gravé à vie !

Depuis quand songeais-tu à proposer un projet perso ?
Les Banyans ont une couleur musicale bien précise, du roots reggae universel chanté en anglais. Ça faisait longtemps que je voulais exprimer les influences et inspirations que j'ai depuis tout petit. J'ai grandi entouré de musiciens, avec beaucoup de reggae à la maison, mais aussi du hip-hop, de la soul, de l’électro, notamment avec mon grand frère… Voilà pourquoi, depuis mars 2016, j'ai lancé ce projet sous mon propre nom.

Comment s’est déroulée la réalisation de ce premier EP ?
Certaines compositions datent de quelques années, d'autres sont plus récentes. Après une tournée intense pour le deuxième album des Banyans, j'ai pris le temps de me ressourcer. Je suis parti seul sur une île grecque, c'est là que j'ai écrit le titre « Quoi de Plus Beau ». Après plusieurs semaines en solitaire, j'ai pris conscience de ce besoin d’être en contact avec les autres, de la joie des tournées et des rencontres… A mon retour, j'ai monté les morceaux en guitare/chant, puis j'ai commencé à les jouer en duo acoustique avec percussions. Nous avons fait la première partie de Clinton Fearon et Nâaman. Le public a vraiment bien réagi, ce qui m'a motivé à finaliser les compositions. Nous avons fait une tournée de vingt-cinq dates l’été dernier, ainsi qu'une autre en Angleterre à l'automne…

Avec qui l’as-tu enregistré et où ?
J'ai travaillé principalement avec Tamal sur Paris, entre son home studio et les studios Davout. Nous avions déjà bossé ensemble sur For Better Days. C'est un ami, un ingénieur du son et un beatmaker exactement dans le style que je recherche. J'ai aussi travaillé sur Toulouse avec Clem, batteur des Banyans, qui m'accompagne à la batterie sur ce projet, et Otam, beatmaker, mon autre acolyte. Sans oublier Jay, ancien guitariste des Banyans, qui est notre manager et tourneur.

Pourquoi ce titre d’Essence Of Life ?
J'avais envie de parler de cette essence si puissante et si belle qui vit en nous tous, cette énergie qui nous réunit, sans question de religion, de race ou de sexe. On peut y voir une notion scientifique ou spirituelle. Cet amour existe partout et en chacun de nous. De plus, avec ce projet, je reviens vraiment à mon essence. J'ai eu envie de retrouver l’adolescent qui écrivait des textes en français, qui ne se limitait pas à un style, qui écoutait simplement son cœur, sans se préoccuper du jugement des autres…

Quel est le fil conducteur des sept titres qui le composent ?
Je dirais que c'est l'amour et le respect de soi, la connaissance et la confiance en soi, pour pouvoir connaître et aimer les autres ; on peut retrouver ça dans chaque morceau. Musicalement, il y a une base hip hop, parfois électro, mélangé au reggae. Le dernier morceau est en acoustique, pour finir sur une note plus intimiste.

Avais-tu en tête dès le départ de faire un album court ?
En fait, je suis monté sur Paris pour mettre quelques compositions en place, sans même l'idée de sortir un mini-album. On pensait juste à un ou deux singles… Finalement, après quelques sessions, il y avait de quoi faire un EP. On aurait pu en mettre plus, mais on a préféré garder les titres les plus représentatifs pour découvrir mon univers…

Premier clip avec « Quoi de Plus Beau », comment s’est fait le choix du morceau ?
Je souhaitais sortir d’abord un titre qui rassemble les gens, en français, car presque personne ne m'a entendu chanter en français auparavant ! Pour bien marquer la différence avec les Banyans, c’est le bon premier extrait. Le second clip, « Essence Of Life », est sorti le 28 avril.

As-tu déjà un album en préparation ?
On travaille beaucoup, avec Clem et Otam, pour défendre le projet en live à trois. On sera au Nouveau Casino à Paris, le 19 mai, soir de la sortie, puis au Rototom Sunsplash, Reggae Sun Ska, Zion Garden, ainsi que plein d'autres dates cet été… Le prochain album est en préparation, avec de belles collaborations prévues. Nous testons actuellement de nouvelles compositions en live, pour ne garder que les meilleures !

Que se passe-t-il du côté des Banyans ?
Nous avons récemment pris la décision d’arrêter le groupe. Ça a été un choix long et douloureux, mais réfléchi. Nous sommes tous partis dans différents projets après le second album. Nous avions besoin d'air frais et, maintenant, nos projets nous prennent trop de temps pour continuer le groupe. Nous tenons à remercier tous les gens qui nous ont soutenus, autant le public que les professionnels. Nous n’oublierons jamais cette aventure. Tout ce que l'on a semé est loin d'être perdu et va nous accompagner pour la suite. Nous continuerons à partager le même message, la même vibe, avec nos nouveaux projets respectifs. Comme le dit Monsieur Marley : « When one door is closed, many more is open… ».

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #54 - juin/juillet 2017)

vendredi 4 septembre 2015

The Banyans - For Better Days (Khanti Records/Socadisc)

Depuis qu’on a fait leur connaissance, les Banyans ont parcouru bien du chemin. Leur nouvel opus For Better Days en est la preuve formelle. Nous voilà en présence d’un album qui rend enthousiaste dès les premières minutes d’écoute. On en oublierait presque que nos musiciens sont originaires de l’Hexagone, tant l’alchimie prend immédiatement ! L’album sonne profondément roots et devrait convaincre même ceux qui sont réticents quand les mots reggae et français se côtoient d’un peu trop près, d’autant plus qu’ils n’en affichent que la nationalité, puisque les textes sont tous en anglais. Le charme de ce For Better Days opère et a parfaitement l’étoffe pour faire de l’ombre aux albums de certains jeunes jamaïcains attendus sur ce créneau. Le groupe est parvenu à une belle osmose entre la voix de Devi et leurs instruments, mis au service du vrai roots reggae. Le titre de l’album laisse peu de doutes concernant la vision du monde qu’ils souhaitent défendre : des jours meilleurs… et l’énergie de refaire le monde. La présence de Johnny Osbourne, Big Youth et Maranto ne fait que contribuer à son atmosphère universelle quelque peu mystique. On avait déjà beaucoup aimé Steppin’ Forward en 2013, les Banyans frappent encore plus fort avec For Better Days !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine #41 - avril/mai 2015)

vendredi 7 juin 2013

The Banyans - Un grand pas en avant

Depuis le 18 février, le premier album des Banyans, Steppin’ Forward, est enfin disponible. Finalistes de l’European Reggae Contest pour la France, les Toulousains seront à la Bellevilloise le 4 avril prochain. Alors que leur actualité est en plein montée de sève, rencontre avec Jay, guitariste, et Devi, chanteur des Banyans.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Jay : j’ai rencontré Devi, il y a huit ans, au lycée. On a monté un premier groupe de reggae et on a connu, par la suite, Natty, le bassiste. En 2007, on a formé les Banyans. Beaucoup de répétitions, une première maquette, quelques concerts, dont les premières parties d’Anthony B, Sinsemilia… ça commençait à prendre. Nous avons rencontré d’autres musiciens, Clément à la batterie, Maël au piano et Jean, pianiste-choriste. Tous les six, nous sommes la formation actuelle des Banyans depuis 2010, c’est là que le groupe a pris un autre tournant et s’est professionnalisé. Ensemble, on a fait une maquette, qui s’appelle Back To The Roots, avec laquelle on a beaucoup tourné.

Comment s’est fait le choix du nom The Banyans ?
Devi : le nom, c’est Jay qui l’a trouvé et l’a proposé. J’ai adhéré tout de suite ! Le banyan est un arbre qui pousse surtout en Inde, une sorte de figuier. Il y a plusieurs symboles par rapport à cet arbre. Comme on dit en anglais, c’est un « roots tree », un arbre de racines. Ce qui est particulier, c’est qu’il a des racines qui partent du sol, mais aussi qui remontent du sol et vont vers les branches. Pour nous, c’est aussi ce message, le « I and I », vers la terre et vers le ciel.

Quelles sont vos influences et sources d’inspiration ?
Devi : C’est un « roots tree », et ce qu’on aime faire, c’est du roots reggae. Nos inspirations sont Burning Spear, Israel Vibration, Bob Marley & The Wailers, The Gladiators… toute cette lignée-là. On est tous les six passionnés du reggae des années 60-70, depuis une dizaine d’années.  Pour moi, il y a aussi ce qui vient de la soul, Otis Redding, Sam Cooke…

Comment se sont passés la réalisation et l’enregistrement de votre premier album, Steppin’ Forward, sorti le 18 février dernier ?
Jay : Nous sommes entrés en studio début février, il y a un an, dans un studio analogique et vintage qui enregistre sur des bandes et avec des micros à ruban, des préamplis à lampe : le Studio de la Trappe à Toulouse, à l’ancienne, avec du matériel des années 60 à 80. C’était un souhait de notre part d’avoir ce matériel au niveau des prises de son. Le studio de la Trappe existe depuis plus de quinze ans et c’est l’un des rares en France à posséder ce matériel. En fait, on pourrait croire que c’était un signe, les lieux où l’on répète sont à 50 mètres de ce studio ! Ensuite, on a fait le mixage au studio HP de notre ingé son, dans le sud de Toulouse. Et enfin, le mastering à Globe Audio, à Bordeaux. Pour la section cuivre, il s’agit de featuring, avec notamment Guillaume "Stepper" Briard, qui joue dans le Homegrown Band, et Didier Bolay, tromboniste et trompettiste pour Tiken Jah Fakoly. Tous les deux ont été enregistrés à Paris.

Comment présentez-vous cet album ?
Devi : Steppin’ Forward, un pas en avant… On avait déjà fait deux maquettes, donc là, c’est vraiment deux ans de travail abouti. Au niveau du message, comme on peut le voir sur la pochette, c’est un chemin qui avance vers le banyan, l’arbre. On le présente tout simplement comme un message de retour à des choses simples, avec cet équilibre à la fois vers la terre et vers le ciel.

Tous les titres sont en anglais…
Devi : Oui, c’est un choix qui s’est fait naturellement. J’écoute le reggae jamaïcain depuis tout petit. J’ai commencé vers 10 ans à peu près. Mon père m’a emmené voir Israel Vibration, c’était mon premier concert reggae. C’est la volonté du groupe de faire un reggae roots universel, et pas uniquement français. Ce qui nous a amené, l’année dernière, à faire une belle petite tournée en Italie et, cet été, on y retourne, avec une tournée en Pologne aussi !

Quels thèmes explores-tu au fil des morceaux ?
Devi : Il y a surtout un message de rassemblement, qui appelle à l’unité. Plusieurs textes engagés, comme sur « International Disorder », « Nah Run » ou « Big Rock », qui dénoncent cette poignée de personnes qui domine plus ou moins le globe. Il y a aussi des textes plus personnels, comme « Same Love » ou « Free Your Soul », où je parle de la perte d’un être cher. C’était destiné directement à mon frère, qui venait de perdre un ami proche. On trouve un message spirituel, comme sur « Solid as a Rock ». L’album finit par une grosse touche d’espoir, « Dreamer », un morceau pour tous les rêveurs et rêveuses…

Quoi de prévu maintenant que l’album est sorti ?
Devi : Aller promouvoir cet album au quatre coins de la France ! On a une vingtaine de dates un peu partout, la première partie d’Horace Andy et Johnny Clarke notamment. Cet été, une tournée en juillet en France, en Août en Italie et en Pologne. Pour la fin de l’année, une petite tournée à la Réunion, ce serait aussi dans nos objectifs, car un de nos musiciens vient de là-bas…
Jay : Notre but, c’est de tourner le plus possible, le plus loin possible, et partout ! Ce qui nous fait le plus plaisir, c’est de jouer du reggae !

Que pensez-vous de la scène reggae française actuelle ?
Jay : Elle est de plus en plus active et se développe continuellement. Il n’y a qu’à voir le nombre d’inscrits pour la France à l’European Reggae Contest ! Nous sommes contents de voir que ce mouvement prend de l’ampleur. Durant les trois dernières années, on a partagé la scène et fait des échanges de concerts avec des groupes de différentes villes, ce qui nous a permis de tisser des liens forts avec certains. On pense notamment à Jah Legacy et I&I Livity, mais la liste est longue, on ne peut pas tous les citer. Du coté de Lyon, nous avons aussi rencontré les Mighty Lions, avec leur label Ka Records, qui se bougent pour faire perdurer le son vintage et le vieux roots reggae à l’ancienne. Sans oublier de remercier des groupes phares de la scène reggae française, qui ont su rester humble et nous ont aidés, conseillés dans notre développement : on pense aux Danakil. Big up à tous ceux qui contribuent à faire vivre la culture reggae en France !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #29 - avril/mai 2013)