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mardi 14 juillet 2020

Stick Figure - Interview

Les Américains de Stick Figure viennent de sortir leur septième album. Si leur nom commence seulement à se faire entendre dans l’Hexagone, ce nouvel album World On Fire a été n°1 du Billboard Reggae Charts pendant quatre semaines consécutives ! Avec ce disque et leurs concerts en première partie de Dub Inc. cet automne, c’est à notre tour de tomber sous le charme de ce groupe, mené par son chanteur, Scott Woodruff, qui se charge de tout, ou presque.

Comme pour les disques précédents, World On Fire a été écrit, produit et enregistré par Scott Woodruff, multi-instrumentiste autodidacte, au Great Stone Studios de Stick Figure, ancienne propriété de Green Day, à Oakland en Californie. World On Fire allonge la belle discographie du groupe, déjà composée de The Sound Of My Addiction (2006), Burnin’ Ocean (2008), Smoke Stack (2009), The Reprise Sessions (2010), Burial Ground (2012) et Set in Stone (2015). Tous sont sortis chez Woodruff Records, label créé lors du premier album. Seul au démarrage de l’aventure, Scott n’a jamais pu résister à l’envie de composer sa musique comme elle lui vient et de la mettre en boîte. Ces sont les rencontres qui amènent naturellement à lui d’autres musiciens qui intègrent progressivement le groupe. A partir de Burial Ground, les tournées prennent forme, les emmenant sur des scènes de plus en plus grandes et dans des festivals renommés comme Reggae On The River, California Roots Festival… Stick Figure mélange roots-reggae et dub avec profondeur et ce nouvel album de soixante-dix minutes offre une production et une qualité sonore exceptionnelle qui rendent tous ses titres de noblesse au groupe. Que vous connaissiez ou non Stick Figure, World On Fire devrait finir de mettre tout le monde d’accord. Interview avec Scott Woodruff, alors que la tournée avec Dub Inc. est sur le point de démarrer.

Comment est né Stick Figure? Qui sont les musiciens du groupe ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?
J’ai commencé à faire de la musique tout seul de mon côté, comme un passe-temps, à Duxbury, dans le Massachusetts, quand j’étais adolescent. Plus tard, j’ai déménagé à San Diego et j’ai rencontré KBong (claviers) et Tommy (basse). Nous avons ajouté Kevin à la batterie quand nous avons commencé à tourner, et Johnny Cosmic à la guitare et aux chœurs quelques années plus tard.

Comment avez-vous commencé à faire de la musique ?
Mon ami d’enfance de l’autre côté de la rue avait toujours plein d’instruments de musique chez lui. Mes parents ont compris à quel point c’était naturel pour moi et ils m’ont acheté ma première batterie et ma première guitare quand j’avais douze ans. Peu de temps après j’ai eu un magnétophone double cassettes et j’ai appris comment enregistrer et superposer les instruments. C’était juste un loisir amusant au départ, mais j’ai tellement aimé ça plus que tout le reste ! J’ai eu la chance de pouvoir continuer et d’en être là aujourd’hui.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé ?
Si je dois choisir ceux qui m’ont le plus influencé et qui me viennent spontanément à l’esprit, je dirais Sublime, Barrington Levy, Seeed et Midnite.

Comment s’est fait le choix du nom Stick Figure ?
En grandissant mon surnom était Stick, à cause de mon nom de famille. J’avais envoyé ma musique à Sublime Archive et j’avais besoin d’un pseudo pour le faire. J’ai entré Stick Figure et c’est resté.

Qu’aimez-vous dans la musique reggae ? Pourquoi en avoir fait la base de votre musique ?
Quand j’étais adolescent, mon grand frère m’a initié au reggae. Ses vibrations et ses ondes ont résonné avec mon style de vie, grandissant près de la plage. Pour apprendre par moi-même à jouer de chaque instrument, je voulais apprendre mes chansons préférées et en faire des covers. La musique reggae et dub a vraiment influencé très tôt mon style.

World on Fire est votre septième album. Quand et comment se sont passées les sessions d’enregistrement au Great Stone Studios ?
J’ai commencé à enregistrer immédiatement quand nous avons reçu les clés par Green Day, qui était propriétaire de ce studio avant. Il a fallu trois ans en tout pour faire l’ensemble de l’album.

Quelle est l’histoire de cet album ? Que souhaites-tu dire aux lecteurs ?
Le thème général de l’album est de vivre le moment présent, de croire en soi-même et d’apprécier tout ce que le monde a à offrir.

Pourquoi avoir choisi le titre World On Fire ? Que signifie-t-il pour vous ?
Il y aura toujours des obstacles et des épreuves dans la vie mais je voulais délivrer un message d’espoir. Bien que nous ayons l’impression parfois de vivre dans un « monde en feu », dans un monde en danger, nous devons surmonter les difficultés pour aller vers le bien.

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°69 - décembre 2019/janvier-février 2020)

mardi 21 avril 2020

Chinese Man - 15 ans - Interview

Le label Chinese Man Records fête quinze années d’activité ! Interview avec le boss Frédéric Maigne et les membres de Chinese Man pour évoquer les débuts de l’aventure jusqu’à la tournée des quinze ans, qui démarrera au printemps prochain, après la sortie d’un nouvel album réunissant Chinese Man, Scratch Bandits Crew et Baja Frequencia, The Groove Sessions Vol.5.

Pensiez-vous que l’aventure Chinese Man Records pourrait durer aussi longtemps ?
Frédéric Maigne : Pas vraiment... C’est l'idée de faire vivre des projets multi-artistiques qui a fait naître le collectif. Le premier, initié par les trois membres de Chinese Man, a été de sortir un vinyle à 500 exemplaires vendu de main en main, en 2004.
Sly (Chinese Man) : On ne peut pas dire que l'objectif à ce moment-là était de créer ce que CMR est devenu aujourd'hui. Mais le succès rencontré par le groupe et les opportunités ont fait que nous avons pu professionnaliser la structure.

Quel souvenir gardez-vous de la création du label ? Est-ce que ça avait été facile pour vous à l’époque ?
F. M. : Le label s'est créé sous la forme d'un collectif et pas d'un pur label de musique. Les choses ont beaucoup évolué au fil des années, pour passer d'un projet entre potes assez « artisanal » au label/tourneur qu'il est devenu.
High Ku (Chinese Man) : A l'origine du collectif, avec Matteo et Sly, nous nous sommes attelés à sortir notre premier projet, Pandi Groove. Notre but était de sortir un vinyle pour pouvoir le jouer en soirée. En fait, il a suffit de réunir assez d'argent pour presser 500 exemplaires !
F. M. : En parallèle, le collectif s'est assez vite lancé dans la production vidéo avec les deux premiers clips de l’album. Les trois événements marquants de la première année sont la sortie du vinyle Pandi Groove, le tournage du premier clip et la première soirée à Marseille Pandi Night en 2005.

Quels ont été les projets qui ont suivis ? Les premiers artistes avec lesquels vous avez travaillé ?
F. M. : Entre 2004 et 2007, il y a eu trois vinyles de Chinese Man, qui ont été réunis sur le premier CD sorti en 2007, The Groove Sessions Vol.1. Les titres étaient alors composés uniquement par les trois membres de Chinese Man. Dès 2009 et la sortie du second volume des Groove Sessions, les premiers featurings apparaissent et certains titres sont également produits par des artistes du collectif de la première heure, comme Leo Le Bug, par exemple.
Matteo (Chinese Man) : Nos premiers featurings viennent tous de la Bay Area, des rencontres faites lors d’un des premiers voyages fondateurs du collectif, en 2006, à San Francisco. Nous avons rencontré Mophono et Philip Drummond, tous deux producteurs et DJ, qui nous ont présentés pas mal de MCs issus de la scène des battles hip-hop : Cyph4, Plex, Lush One… Ce sont aussi les premiers MCs américains qui sont venus avec nous en tournée quelques années plus tard, quand nous avons commencé à faire de grosses scènes.

Quels ont été les grands moments du label au cours de ces quinze années ?
F. M. : C'est difficile de choisir quelques moments, parce qu'on commence à avoir fait pas mal de trucs en quinze ans ! Le premier concert live en 2009 à l'Affranchi à Marseille, la première date en tourbus et la rencontre avec de grands artistes que tu as écouté toute ta vie et qui se retrouvent à côté de toi en backstage, les premiers grands festivals (Solidays, Francofolies, Garorock...), certaines tournées à l'étranger, les concerts en Zénith, notamment le 10 Years Tour avec Deluxe… Chaque rencontre artistique a été réellement marquante, avec Taiwan MC, puis Youthstar, Scratch Bandits Crew, Tumi, et plus récemment Baja Frequencia ou ASM…
H. K. (Chinese Man) : Forcément, nous avons de supers souvenirs de festivals, de rencontres, de tournées à l'étranger… Faire des morceaux avec Chali 2na (Jurassic 5) ou Johnny Osbourne, partager la scène avec Method Man et le voir faire un concert entier avec un t-shirt Chinese Man, partir en tournée en Asie ou en Amérique du Sud tous ensemble…

Y a-t-il eu des périodes plus difficiles ?
F. M. : Pas vraiment... Tous les projets n'ont pas abouti et certaines périodes sont moins roses, mais ça fait partie du jeu. L'ambition du projet CMR a toujours été raisonnable et raisonné, ça nous a permis de grandir à une vitesse gérable et de minimiser les erreurs. Parallèlement, pour faire tourner le label, gérer quotidiennement l'équipe qui s'est beaucoup agrandie et développer tous les projets des artistes et notre modèle 360°, cela nécessite d'y passer beaucoup de temps, d'y mettre beaucoup d'énergie et d'avoir une équipe motivée, passionnée et super investie... C'est le cas et c'est aussi ce qui fait avancer le projet !

Pour fêter cet anniversaire, une tournée est prévue en mars/avril prochain intitulé The Groove Sessions Live, qui suivra la sortie de The Groove Sessions Vol.5 en février, réalisé par Chinese Man, Baja Frequencia et Scratch Bandits Crew. Que prévoyez-vous pour le show ?
Sly (Chinese Man) : Les morceaux du GS5 seront le fil rouge de ce nouveau show et seront interprétés par les trois groupes réunis sur scène, accompagnés de Youthstar et Miscellaneous. Nous jouerons également les classiques de chacun pour marquer nos quinze ans. Évidemment, la vidéo aura une place importante dans le show avec une toute nouvelle scénographie !

Que trouvera-t-on sur ce nouvel album ?
H. K. (Chinese Man) : En février dernier, nous nous sommes exilés pendant quinze jours entre les Cévennes et la Lozère. L'idée était de mélanger les styles et les inspirations de chacun en privilégiant la spontanéité des productions. On pourra sentir l'énergie tropicale de Baja Frequencia, la technique et le savoir-faire aux platines de Scratch Bandits Crew et le côté mélodique de Chinese Man. La plupart des MCs les plus proches du label ont aussi été invités à participer à ce nouvel album.

Comment imaginez-vous les quinze prochaines années de Chinese Man Records ? Quels sont vos souhaits ?
M. (Chinese Man) : L'idéal serait que le label évolue comme il a évolué ces quinze dernières années, lentement mais sûrement, en gardant une dimension humaine et notre façon de faire.
F. M. : Globalement, nous essayons de faire évoluer la structure en nous appuyant sur l'équipe du label, sur tous les talents qui entourent chaque groupe, et en développant nos points forts. Nous avons envie de sortir plus de choses, mais de le faire bien, et de continuer à développer la partie booking. Beaucoup de projets sont en cours avec ASM, Taiwan MC, Baja Frequencia, Youthstar, Rumble, Matteo, et des surprises aussi… On ne va pas s’ennuyer pour fêter les quinze ans du label !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°69 - décembre 2019/janvier-février 2020)

mardi 31 mars 2020

Morgan Heritage - Interview

Loyalty est le douzième album studio de Morgan Heritage. Le trio vocal de l’une des plus légendaires familles jamaïcaines du reggae est reconnu dans le monde entier, en témoigne le Grammy pour Strictly Roots et les autres belles nominations.

Portée par les voix exceptionnelles de Peetah, Gramps et Mojo, la Morgan Heritage Family fait partie des valeurs sûres qui savent travailler le reggae en profondeur sans jamais perdre son essence. Sortie en août sur le label CTBC Music Group, le douzième album de la formation compte seize morceaux, au style rockaz comme ils savent faire. Interview avec le groupe entre deux concerts aux Etats-Unis. Co-produit avec, entre autres, Jerry Wonda, Jason J-Vibe Farmer, Shane Brown et Aston Barrett Jr., les Morgan ont aussi convié sur ce nouveau disque Popcaan, les artistes africains renommés Stonebwoy, Diamond Platnumz et Patoranking, les experts du reggae-rock Pepper et Iration, ainsi que la voix de Jeff Koinange, animateur des Emmy Awards, sur la piste d’introduction.

Comment pouvez-vous présenter en quelques mots votre nouvel album Loyalty ?
Loyalty est un disque qui exprime l’état universel de la musique reggae. Tous les styles actuels du reggae se trouvent sur cet album. Nous sommes fidèles à notre genre, et aussi ouverts à de multiples expérimentations.

Quel sens Loyalty a pour vous ? Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?
Loyalty signifie pour nous la loyauté et le dévouement que nous accordons à la musique reggae. Et pas seulement nous, mais aussi les fans, les DJs de radio, les sound systems… Nous avons choisi ce titre parce que c'est exactement ce que nous ressentons, après plus de vingt ans d'activité. Nous restons fidèles à la marque Morgan Heritage, une famille, un groupe… Heritage for life !

C’est votre douzième album ! Quelle particularité a-t-il par rapport aux précédents ?
Il comporte toutes les sonorités possibles de reggae. Le spectre complet de cette musique se trouve sur cet album, en quelque sorte. D'où vient la musique, où elle se trouve, et où elle va…

Comment se sont passées les sessions ? Où l'avez-vous enregistré ?
Les sessions d'enregistrement ont été très stimulantes, et c'est ce qui nous a motivés à le faire avec tous les moyens nécessaires. C'était aussi amusant et édifiant. Il a été enregistré partout où nous pouvions le faire. Où que nous soyons, nous avons travaillé dessus. Nous avons pris dix-huit mois en tout pour faire cet album.

Il paraît que vous vous trouviez tous à un endroit différent lorsque vous l’avez terminé… Comment travaillez-vous ensemble quand vous êtes éloignés ?
C’est vrai, Mojo était au Kenya développant nos projets philanthropiques, Peetah à Miami pour finaliser la production de l’album et Gramps faisait le tour du monde avec son épouse pour la promotion des produits Masya CBD. Nous utilisons la technologie pour travailler et faire de la musique lorsque nous sommes tous à distance. Comme vous pouvez l’imaginer, il a fallu beaucoup d'appels vidéo et de téléconférences sur Whatsapp. (rires)

Sur quels projets travaillez-vous en dehors de la musique de Morgan Heritage ?
Nous travaillons notamment avec d'autres artistes, en tant que producteurs, auteurs-compositeurs… Nous faisons également beaucoup d'autres choses en dehors de la musique et ce serait génial d’en parler. Tout ça prend beaucoup de temps et, comme pour la musique, il est important de faire les choses bien.

Et qu’en est-il de vos carrières solos respectives ?
Rien de nouveau pour l’instant… Nous nous concentrons sur Loyalty. En ce moment, tout ne tourne qu’autour de ce nouvel album.

Avez-vous un disque préféré de Morgan Heritage ?
Pas vraiment, nous les aimons tous ! Chaque album représente une période différente de nos vies et de notre carrière. Nous les avons tous faits avec le cœur, et ils nous parlent.

Y aura-t-il des concerts du groupe en France bientôt ?
Oui, très bientôt. Nous sommes en tournée cette année et encore toute l’année prochaine, et allons passés sur tous les continents ! Nous aimons beaucoup le public français et l'amour qu'il a pour la musique reggae.

Au fil des années, vous êtes restés fidèles à votre style rockaz et jouez toujours des instruments. Quelle vision de la musique avez-vous ?
Notre vision est de faire notre musique comme nous le sentons et aussi de voir la musique évoluer de génération en génération. Le reggae, comme tous les autres genres, continuera à évoluer avec chaque génération à venir, et nous aimons ça !

Que pensez-vous de l'évolution et des nouvelles vibrations de la musique reggae ?
Elle est très variée. C'est plutôt beau et rafraîchissant. C’est vraiment ce que nous aimons.

Quels artistes aimez-vous actuellement ? Avec qui aimeriez-vous travailler ?
Nous aimons énormément d’artistes, la liste serait trop longue pour tous les citer ! Nous souhaiterions travailler avec tous les artistes qui nous ont inspirés au fil des ans, si c’était possible…

Pour finir, que voudriez-vous dire aux lecteurs de Reggae Vibes…
Ecoutez Loyalty, ça devrait vous plaire ! Et suivez-nous sur nos médias sociaux, Instagram, Facebook, Twitter… @MorganHeritage

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°68 - octobre/novembre 2019)

lundi 9 décembre 2019

Nai-Jah - Interview

Lentement mais sûrement, le groupe Nai-Jah vient enfin de sortir son premier album, Masquerades, au style afro-roots, chez Khanti Records. Rencontre avec Mahakwe Wadike, le chanteur, d’origine nigériane, pour parler musique et inspiration.

Quand et comment est né le groupe Nai-Jah ?
A mon arrivée en France, en 2006, j'ai commencé à écrire et à composer des morceaux en guitare-voix. Quelques années plus tard, en 2010, j'ai créé le groupe Nai-Jah. Nous étions deux, puis nous avons vite pris un tuba à la place de la basse. Le groupe est aujourd'hui composé de cinq musiciens : Nicolas Delaunay à la batterie et aux chœurs, Raphaël Macler aux claviers et aux chœurs, Gordon Tian à la guitare et aux chœurs, Guillaume Monier au soubassophone, et moi-même, Mahakwe Wadike, au chant et à la guitare.

Votre musique est à la fois reggae et world. Quelles sont vos influences musicales ?
Mon père est un grand fan de reggae roots, comme Burning Spear, Third World, Twinkle Brothers et beaucoup d'autres… Ma mère écoute énormément de chanson française, Georges Brassens, Yves Montand, Jacques Brel… En grandissant au Nigeria, j'ai été exposé aux musiques traditionnelles, avec mon père qui est igbo, et des artistes comme Prince Nico Mbarga, Orlando Julius, Oliver de Coque… mais aussi d'autres plus connus, comme Fela Kuti ou encore King Sunny Ade. A l'école, tous les matins, on chantait des hymnes religieux. J'ai donc beaucoup d'influences musicales.

D’où vient le nom Nai-Jah ? Que signifie-t-il ?
« Naija » est le mot qu'on utilise pour désigner le Nigeria, en pidgin english, une sorte de créole anglais. Le terme « Jah » fait référence à Jehovah, Yahvé, Dieu. Le Nigeria est un pays très religieux, et parfois les croyances y sont illusoires… C’est aussi un pays malheureusement très corrompu et pauvre… En utilisant ce jeu de mot, entre le Nigeria et Dieu, je questionne son fonctionnement. Allons-nous prier Dieu pour qu'il aide notre pays ou allons-nous prendre notre pays en main pour le faire avancer ?

Que s’est-il passé pour le groupe au cours de toutes ces années ?
Nous avons sorti deux EPs. Le premier, A Few Miles Away, est sorti en 2011. Nous étions en formule trio, sur un EP aux sonorités vraiment très acoustiques. Le deuxième, Soldier Man, a été publié en 2014, avec une guitare électrique, des chœurs et des sons plus travaillés. Notre dernier album en date, Masquerades, est sorti le 15 mars. Il est l'aboutissement artistique de notre parcours, la suite logique de nos deux premiers EPs. Nous avons également tourné dans différents coins de la France, en Suisse et en Allemagne.

Quand avez-vous commencé à travailler sur le nouvel album ?
Ça a commencé il y a longtemps ! J'avais vraiment envie de sortir un album représentatif de notre évolution et des différentes rencontres que j'ai pu faire. A mon retour du Nigeria, en mai 2018, le travail pour finaliser ce disque m'a paru évident, avec un retour aux sources, en y incluant des chansons comme « Fankanda » et « Uwa Shirike ».

Où et quand a-t-il été enregistré ?
L'album a été enregistré à Homely Records, près de Lyon, en fin d'année dernière, avec tous les musiciens du groupe. Sur deux morceaux, nous avons Christopher Reyes à la guitare. Nous avons aussi fait venir Illspokinn, un rappeur américain, sur le titre « Work Everyday ». En bonus, « Overcome » a sa version dub, « Overdub », de Alpha Steppa, avec qui je collabore régulièrement.

Quels thèmes et quels rythmes explorez-vous sur ces neufs morceaux ?
La plupart des morceaux ont un rapport avec le Nigeria et l'Afrique en général. Les thèmes abordés sont vraiment ceux qui me touchent et me parlent, en lien avec mon vécu. Les rythmes oscillent entre le reggae roots et le new roots, le hip hop et la musique traditionnelle igbo. Même si le reggae reste la base de notre musique, j’amène de mon côté cette touche afro, et le soubassophone, qui est utilisé comme basse, amène une touche de la Nouvelle-Orléans. C'est vraiment la rencontre de différents styles.

Où a été prise la photo de la pochette de l’album ?
Au Nigeria, dans le village où a grandi mon père, dans le sud du pays. La photo a été prise par Cynthia Bitar qui réalise également tous nos clips.

Quand avez-vous rencontré Khanti Records ?
Notre claviériste, Raphäel Macler, a joué au Nomade Reggae Festival et y a rencontré Jérôme, qui est à la tête de Khanti Records, par l’intermédiaire de Julie Rudelin, qui travaille à La Tannerie à Bourg-en Bresse. Nous avons commencé à bosser ensemble à la fin de l'année dernière pour la sortie de l’album.

Des dates de concerts sont annoncées pour les prochains mois, et aussi un Dub Tour. Quelle est votre formation en version dub ?
Avec le groupe, nous avons effectivement des dates annoncées pour les prochains mois, avec la première partie de Ziggy Marley au Afrika Tage à Vienne en Autriche le 13 août, et le Plein-les-Watts Festival le 16 août, entre autres. En version dub, je travaille avec Alpha Steppa, avec qui nous avons sorti un album, en septembre 2018, intitulé The Great Elephant. Je suis au chant et lui aux machines. Nous avons aussi quelques belles dates ensemble cet été, comme le No Logo Festival, l'Ostroda en Pologne et le Uprising Reggae à Bratislava !

Quels sont les projets de Nai-Jah pour les prochains mois ?
Nous allons continuer la promotion de Masquerades avec un nouveau clip qui sortira à la rentrée. Nous avons aussi la volonté de sortir le disque en vinyle pour la fin de l'année. Enfin, nous préparons une tournée pour cet automne pour continuer à mettre en avant ce nouvel album roots-afro qui nous tient beaucoup à cœur… A bientôt !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°67 - août/septembre 2019)

samedi 30 novembre 2019

Taiwan MC - Interview

Le Franco-anglais Taiwan MC vient de sortir l’EP Nah Leave Me Corner, avant un nouvel album pour octobre, toujours chez Chinese Man Records. L’occasion idéale de parler de cette sortie, de revenir sur Cool & Deadly et de se mettre en condition pour la suite.

Vous venez de sortir un nouvel EP, Nah Leave Me Corner, composé de six pistes, disponible en vinyle et digital. Que pouvez-vous dire pour nous le présenter ?
C’est un projet qui a été pensé pour le vinyle. Il comporte trois chansons sur la face A et trois versions alternatives sur la face B. Il y a des inspirations rub-a-dub, new roots, dub et jungle. J’ai travaillé avec deux producteurs, SOAP et Von D, ainsi que plusieurs beatmakers, chanteurs et musiciens. Je me suis vraiment fait plaisir en l‘enregistrant !

Pourquoi avoir choisi ce titre, Nah Leave Me Corner ?
En référence à des lyrics rub-a-dub d’Eroll Scorcher, et aussi, au fait que j’ai toujours aimé faire des expérimentations et des crossovers entre les styles musicaux… Cette fois, je voulais quelque chose de simple, que je connaissais plutôt bien, rester dans ma zone de confort, dans mes sons de prédilection.

Comment sont arrivées les collaborations avec Davojah, Dapatch et ManuDigital ?
Le titre avec Manudigital est déjà un mix alternatif. Il était sorti sur son album Bass Attack dans sa version originale. Comme je kiffais vraiment le vocal, nous avons récupéré les pistes et, avec Von D, nous avons fait un mix rub-a-dub, un peu plus roots que la version de Manu. J’ai rencontré Dapatch par Manudigital justement. Nous avons fait plusieurs shows ensemble. Il a une grosse présence sur scène, une superbe voix, je le trouve vraiment fort. Du coup, c’était logique de l’inviter sur ce morceau, « Nah Leave Me Corner », qui colle parfaitement à son univers musical. Quant à Davojah, c’était lors d’un festival dans le sud de la France. J’avais auparavant entendu ses sons sur Internet et je l’avais d’ailleurs félicité pour son style de chant ! Quelques années plus tard, nous avons finalement enregistré ensemble ce big tune, « Let The Weed Bun », sur une composition originale de Célas.

Le visuel de la pochette est très stylé. Est-il une nouvelle fois signé Julien Loïs ?
Bien sûr ! Au départ, je lui ai juste donné les titres des trois chansons et expliqué un peu les thèmes. Il a directement choisi « Nah Leave Me Corner » et, avant même d’avoir entendu la musique, il avait déjà visualisé la scène ! Nous avons aussi eu comme référence les pochettes de disque des 70’s où les noms des musiciens et les titres des chansons sont incrustés dans le décor urbain… Julien a travaillé ça à sa sauce et nous a sorti cette superbe illustration ! Il prépare d’ailleurs la pochette du prochain album…

Cet EP annonce justement votre deuxième album… Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Il sort cet hiver chez Chinese Man Records et s’appelle Special Request. Assez orienté dancehall, mais avec toujours une touche hip-hop, rub-a-dub, reggae électronique… et plein d’autres styles inexplorés !

Le premier extrait sera « Colombian Gyal », feat. Paloma Pradal. Quand pourrons-nous le découvrir ?
Le morceau paraitra en juillet. Nous allons organiser un concours de remix pour tous les beatmakers. Il sortira en streaming et digital, mais aussi en stems (pistes séparées), pour que chacun puisse faire son remix et le poster en ligne. Nous allons aussi essayer d’organiser un dance challenge sur les réseaux sociaux.

Cool & Deadly est sorti en octobre 2016. Quel bilan en faîtes-vous à ce jour ?
Je suis très content ! Le disque s’est bien vendu, nous avons fait de nombreux shows dans le monde entier, avec un public toujours bien présent, et le single de cet album, « Catalina » avec Paloma Pradal, produit par SOAP, a été vu plus de trente millions de fois sur Internet !  Il y a maintenant des gens qui me suivent et écoutent ma musique partout dans le monde…

Quels souvenirs retenez-vous particulièrement de Cool & Deadly ?
Il y en a beaucoup ! La tournée en Amérique du Sud avec Bony Fly, la Release Party à Paris au Petit Bain avec toute l‘équipe du label, la Fête de L’Huma avec tous les guests, l’enregistrement de l’album à Paris avec SOAP et les différents MCs, chanteuses et musiciens… c’était tous de grands moments !

Il y a dix ans, vous avez rencontré Chinese Man. Cet événement a-t-il changé votre vie ?
Ça a changé ma façon de voir les choses en tout cas… Ça m’a permis d’apprendre sérieusement le métier, de découvrir le côté professionnel de la musique, la vie en tournée, connaître les salles et grands festivals, rencontrer de nombreux artistes de talent, et aussi développer ma carrière solo en enregistrant mon album… Le collectif Chinese Man et le label, c’est sûr que ça a été une rencontre décisive pour moi !

Avez-vous songé à changer de nom de scène ?
Il y a quelques mois, j‘ai eu la surprise de vivre un moment absurde sur Internet avec des étudiants nationalistes taïwanais, qui m’ont reproché mon nom de scène, et quelques activistes politiques du pays, qui m’ont expliqué que la situation entre la Chine et Taïwan était plutôt tendue… Mais ça n’a pas été trop sérieux, ça n’a pas duré. J’ai simplement changé le nom d’utilisateur sur Twitter et Instagram, au final.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
En ce moment, je suis en studio avec SOAP. Nous avons commencé à enregistrer le deuxième album, Special Request. Nous sommes également en tournée avec Dj Bluntsman tout l’été pour le Nah Leave Me Tour. Retrouvez-nous sur la route des festivals ! D’ailleurs, nous travaillons sur un show un peu spécial que nous présenterons le 9 août au festival No Logo avec de nombreux invités sur scène…

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°67 - août/septembre 2019)

lundi 31 décembre 2018

Rebelution - Interview

Rebelution est de retour avec un nouveau disque, Free Rein, disponible depuis le 15 juin. Déjà le sixième album studio à son actif, deux ans après Falling Into Place et le CD/DVD Live At Red Rocks, le groupe originaire de Californie ne ralentit pas la cadence et continue d’affirmer sa signature inimitable. Interview avec le chanteur Eric Rachmany, entre deux concerts aux Etats-Unis.

Free Rein est votre sixième album ! Quelle particularité a-t-il par rapport aux précédents ?
Cet album couvre vraiment plusieurs genres de musique. Souvent, les gens pensent que nous ne jouons que du reggae, mais nous y avons toujours intégré d’autres styles. Le reggae occupe évidemment une grande place dans Free Rein, mais nous apprécions vraiment les mélanges. Ça peut sonner rock, folk, R&B, jazz… Il suffit d’écouter « Trap Door », « Constellation », « Healing » ou « Patience »… pour s’en rendre compte.

Quelle est la première chanson de la tracklist qui a été écrite ?
« Celebrate », la première piste du disque, est aussi la première chanson que nous avons écrite pour ce nouvel album. Elle a une bonne énergie, nous l’avons faite pour encourager notre public à penser positivement : « Time to focus, stand tall and stand proud, celebrate we will, keep it together live stronger, mentally strong to live longer, and in the present gonna stay up together won’t drown… ».

Quand ont été prêtes toutes les chansons de Free Rein ? Où les avez-vous enregistrées ?
Nous avons composé toutes les chansons au cours des deux dernières années. En fait, nous avons tendance à sortir un album tous les deux ou trois ans, en y réfléchissant. C’est le temps qu’il nous faut pour concevoir un nouveau projet d’un bout à l’autre. Nous avons enregistré Free Rein à San Diego, Californie, aux Signature Sound Studios.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?
Nous pensons que nous vivons à une époque où les personnes avec des différences ne sont pas acceptées comme elles le devraient… Notre message est que nous voulons que nos auditeurs soient fiers de leurs différences. Vous devez être fier de qui vous êtes pour pouvoir conquérir le monde, alors seulement vous aurez la liberté de le faire ! Libre cours, c’est ce que signifie « free rein ».

Vous êtes-vous senti plus libres pour la réalisation de cet album ?
Nous n’avons jamais ressenti de pression en créant ou en enregistrant notre musique pour un de nos albums… Nous le faisons vraiment à chaque fois par amour. Nous pouvons dire que nous nous sommes toujours sentis libres dans ce que nous faisons.

Si vous deviez choisir seulement trois des douze chansons de Free Rein, ce serait lesquelles et pourquoi ?
Eh bien, je dirais « City Life », « Trap Door » et « Settle Down Easy », ce sont mes préférées. Toutes les trois sont très agréables à jouer en live !

Est-il facile pour vous d’écrire sans arrêt de nouveaux textes ?
Non, on ne peut pas dire que ce soit simple, il me faut beaucoup de temps pour écrire des paroles. Je ne veux jamais forcer les choses, donc je dois juste attendre que ce que ce soit le bon moment pour écrire et que l’inspiration soit là.

Chaque album de Rebelution semble être un chapitre de votre histoire musicale. Avez-vous une idée de l’atmosphère qui accompagnera le prochain ?
C’est difficile à dire mais nous continuerons de travailler au croisement de différents genres de musique pour chaque album du groupe. Nous pensons que cela nous distingue en jouant de la musique inspirée du reggae mais qui ne se limite pas uniquement à ça.

Est-il important pour vous de proposer tous vos albums en streaming et en téléchargement, mais aussi en CDs et en vinyle ?
Oui, ça l’est ! Au fur et à mesure que nous avançons vers une musique écoutée exclusivement par voie électronique, il est toujours important pour nous que les gens puissent acquérir et conserver un objet physique, s’ils le souhaitent. Nous considérons les CDs et les vinyles comme des objets de collection. Il y a toujours des auditeurs qui choisissent d’écouter notre musique de cette façon, même s’ils sont moins nombreux. Nous devons leur permettre d’avoir entre leurs mains les différentes parties de Rebelution.

Qu’allez-vous faire d’ici la fin de l’année ?
Nous terminons actuellement la tournée d’été de Free Rein avec Stephen Marley, Common Kings, Zion-I et DJ Mackle… Après cela, nous aurons quelques mois de repos avant de reprendre les concerts en hiver.

Avez-vous des dates en France bientôt ?
Je crois que nous n’avons pas encore de concerts planifiés en France pour l’instant, mais nous savons que nous avons beaucoup de fans ici et qu’il est temps pour nous de revenir.

Pour finir, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs de Reggae Vibes Magazine ?
Merci d’écouter Rebelution et de nous soutenir au fil des années. Nous sommes très reconnaissants envers nos fans français. A très bientôt !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°62 - octobre/novembre 2018)