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lundi 11 février 2013

Takana Zion - Kakilambe (RKF/Black Mafia)

Le long de ses trois précédents albums, Takana Zion a prouvé qu’il maîtrisait parfaitement le reggae, mais pouvait aussi dompter le dancehall, sans oublier d’explorer, par petites touches, les styles avoisinants. Pour son quatrième effort, le Guinéen ouvre une parenthèse africaine. Ce nouvel opus, intitulé Kakilambe, n’est pas reggae à la manière de ses prédécesseurs… Il se veut africain, mais surtout mondial. Takana Zion revient à ses racines soussous avec 16 titres qui font place à divers instruments traditionnels du continent ; les rythmiques reggae y sont par conséquent moins présentes, de même que les langues française et anglaise. Dès le titre d’ouverture, la fraîcheur du balafon, puis le battement des percussions, ou encore l’énergie de l’électro africaine, même si elle peut surprendre, sont définitivement entraînants. La combinaison avec Sizzla, « Mama Africa », est l’un des titres les plus accrocheurs de la tracklist, originale et puissamment livrée. Sollicitant le talent de DJ Redeyes, ils sont parvenus ensemble à harmoniser cette pièce musicale. Le souhait de proposer un disque aux multiples couleurs et à la dimension universelle semble atteint. Même si on se réjouit d’avance du prochain reggae de Takana Zion, Kakilambe possède une réelle dimension mystique à laquelle il est vraiment agréable de succomber…

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine #27 - décembre 2012/janvier 2013)

lundi 4 février 2013

Takana Zion - Retour aux sources

Takana Zion vient tout juste de concocter un nouvel album, enregistré avec DJ Redeyes, entre Conakry et Paris, dont la sortie est programmée pour le 19 novembre : Kakilambe. Actuellement en Guinée, Takana Zion s’est fait un plaisir de nous dire quelques mots sur ce nouveau projet plus africain que jamaïcain.

Voici déjà ton quatrième album, on peut dire que tu ne perds pas de temps ! Kakilambe est annoncé comme assez différent du précédent, Rasta Government. Comment le présentes-tu ?
Oui, c’est vrai ! Il est assez différent dans la composition des textes et de la musique, il y a plusieurs univers. Mais ça reste dans la continuité de ce que je fais. Il y a toujours eu beaucoup de diversité dans ma musique. Là, c’était vraiment voulu, pour donner une image du paysage culturel africain et, plus précisément, celui de la Guinée. On a composé cet album en Guinée dans mon propre studio, qui porte le nom de mon grand-père, le Kanamacina studio, et une autre partie a été faite en France, pour enregistrer les basses, saxophones et les chœurs. Sinon, on a joué avec beaucoup d’instruments africains, notamment de la Guinée et du Mali, comme le balafon, le djembé… Il y a aussi un peu d’électro africaine, mais je n’ai pas oublié le reggae, auquel j’ai consacré 2 ou 3 morceaux. Une bonne partie de l’album est chantée en soussou, la langue maternelle de mon ethnie. Le morceau qui introduit l’album, « Abada », chante l’alphabet soussou et l’histoire de ce peuple. Elle a été falsifiée et il était important pour moi de la réhabiliter. Kakilambe sonne plus africain et aussi plus mondial. Il est ouvert à toutes les couleurs, avec la mystique et la tradition de l’Afrique. C’est un album qui parle plus en mélodie qu’en verbe…

Que représente le visuel de la pochette ?
Le visuel représente justement le masque qu’on appelle en Guinée « kakilambe ». C’est un masque qui augmente de taille, jusqu’à atteindre 3 ou 4 mètres de long, et ça représente aussi un esprit qui vit dans l’eau. Pour moi, Kakilambe, ça signifie l’ascension, parce que c’est quelque chose qui grandit.

Pourquoi avoir choisi DJ Redeyes pour cet album ?
DJ Redeyes a une bonne vibration. On s’est rencontré dans une soirée et il m’a dit qu’il aimait bien ma vibes, qu’il aimerait bien faire quelque chose avec moi. On partait sur une idée de dubplate ou quelque chose comme ça. Ca ne s’est pas fait, mais il voulait vraiment qu’on travaille ensemble. Je suis retourné en Afrique et je l’ai recontacté. Sizzla a voulu faire un featuring avec moi et directement il m’a donné un bon riddim pour ça. Sizzla m’a appelé et m’a dit « Takana, I want to do a featuring with you right now ! » J’ai vu qu’il y avait le bon truc chez DJ Redeyes pour moi, d’où l’idée d’en faire un projet, incluant ce featuring-là (« Mama Africa »). Je l’ai immédiatement fait venir en Guinée pour travailler ensemble, faire un album culturel à dimension internationale. Il a accepté ma proposition et, franchement, c’était une très belle expérience, j’espère qu’il y en aura encore plusieurs.

Comment s’est passé l’enregistrement entre Conakry et Paris ?
D’abord, DJ Redeyes est venu en Guinée. On a enregistré en seize jours de studio. Il y avait trop de vibes à Conakry, on a même eu une coupure de courant ! On était au studio Kanamacina et on avait de bonnes inspirations qui venaient. Là, on commence à enregistrer et le courant s’en va ! On a du attendre deux heures ! C’était très difficile, mais une bonne expérience. On a pu enregistrer tout ce qu’il fallait et Redeyes était content de voir la Guinée. Ensuite, c’est moi qui ai pris l’avion pour venir en France. J’ai invité quelques bons musiciens, notamment certains de Tiken Jah Fakoly, au studio RKF de Redeyes, où on a terminé l’autre partie et où le son a été mixé.

En voyant la tracklist de Kakilambe, on dirait qu’il y ait peu de textes en français…
Il y a un seul morceau en français ! Initialement, il y en avait deux : « Je m’en vais » et « Ce Matin ». Mais, « Je m’en vais » était un peu trop R’n’B pour l’album. C’est un bon morceau, je le garde pour un autre projet.

Souhaitais-tu que cet album se distingue des précédents ?
Avec tout ce qui se passe dans le monde et l’actualité, il fallait que je me concentre sur ce qu’il se fait dans mon pays pour bien le mettre en valeur. Je ne peux pas me permettre de faire tout le temps du reggae, ou de chanter uniquement en anglais. Je viens d’un pays qui a beaucoup de richesses culturelles, il faut que je travaille bien sur mon message, que je fasse en sorte que les gens le comprennent. 90% des personnes en Guinée parlent ma langue maternelle, le soussou. Je pense que Kakilambe remplit bien cette vocation de transmission du message. Ca n’a rien à voir avec les autres albums, qui sont reggae au moins à 80%. Rasta Government, c’est un album 100% reggae. Celui-ci c’est un album 100% musique mondiale, world music, musique africaine…

Il paraît que tu seras en France au printemps 2013…
Oui, je viens en France au printemps 2013 pour présenter l’album ! J’espère que toute la France va aimer mon album !

Bamako, Kingston, Conakry, Paris… où penses-tu enregistrer le prochain ?
Mon prochain album, je veux le faire à Kingston ! Je suis déjà allé dans le studio de Harry J, mais cette fois, je souhaite travailler dans le studio de Bob Marley, la légende ! Mon prochain album s’appellera Good Life, la belle vie, et ce sera vraiment reggae…

Que penses-tu de la situation actuelle dans le monde ?
Il y a un manque d’amour dans le monde. Les hommes se sont arrangés pour faire en sorte que l’argent soit plus respecté que Dieu tout-puissant. Une bonne partie de l’humanité est perdue… Nous devons apprendre à nos enfants à croire en l’amour. Nous représentons l’Afrique pour faire savoir au monde qu’elle a besoin d’être rétablie. Il y a beaucoup de jeunes en Afrique, mais il n’y a pas beaucoup de travail. Il faut que l’Afrique soit en paix pour que le monde entier soit en paix. C’est le berceau de l’humanité… Nous sommes des enfants de Dieu. Dieu et notre père et le monde est notre famille. C’est de tout ça que Kakilambe parle ! Ca parle du travail, du respect, de la tradition…

Tu crois à la victoire du bien sur le mal ?
Le bien l’emporte tous les jours, mais ça prend beaucoup de temps. La vérité ne vient pas s’imposer comme ça, il faut qu’on soit libre du mensonge pour voir la vérité. Le mensonge n’est là que pour un instant, la vérité demeure pour l’éternité…

Pour finir, un petit mot pour les lecteurs de Reggae Vibes…
Maximum Respect à tous les lecteurs de Reggae Vibes ! One Love à vous tous ! Big up à Reggae Vibes Magazine qui fait la promotion de la culture et de la musique reggae. C’est beaucoup de bénédiction, beaucoup de force, et beaucoup d’amour surtout. Big up à vous depuis la Guinée Conakry !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #27 - décembre 2012/janvier 2013)

lundi 8 août 2011

East Summer Fest - Takana Zion / Sebastian Sturm (16 juillet 2011 - Stade Marcel Crusem - Dieulouard)

Pour sa 1ère édition, le East Summer Fest organisé par l’association Trash Xylo proposait une programmation de concerts dédiée aux musiques actuelles. L’affiche comptait 6 groupes variés, parmi lesquels deux bons représentants du reggae, Takana Zion et Sebastian Sturm. A leur côté, les rockeurs de Parabellum, les festifs britanniques de Gentle Mystics, les connaisseurs en dubstep de Broken Note et les nancéiens de SlapBack en ouverture. Démarrage dès 18h le samedi 16 juillet 2011 au Stade Marcel Crusem de Dieulouard, à une vingtaine de kilomètres de Nancy.
Slapback se charge d’ambiancer les lieux pendant l’arrivée des spectateurs, la verdure du stade et un ciel nuageux les accueillant sur le site aménagé pour les festivités. A Parabellum de prendre la suite avec un retour 20 ans en arrière dans les périodes du rock français alternatif. C’est à la fin de leur prestation que les premières gouttes commencent à tomber. Simple averse, apparemment, qui ne devrait pas entraver la bonne marche des évènements.
Sebastian Sturm et ses musiciens s’installent sur scène en vue de mettre le roots à l’honneur. Résidant en Allemagne, le chanteur a déjà enfanté de deux albums, dont One Moment In Peace, qui n’était pas passé inaperçu sur notre territoire avec son reggae conscient et doux. Ses concerts sont dans la même veine. Simplement du reggae roots qui sonne, de bonnes vibrations à diffuser et à partager. Bien que la pluie se calme par moments, elle ne semble pas vouloir quitter les lieux. Sebastian Sturm et ses musiciens offrent, tout de même, aisément, un moment de paix des plus appréciables.
C’est ensuite à Takana Zion de prendre place. Quelques soucis techniques allongent légèrement l’interlude mais ne perturbent en rien l’assistance présente, qui a rejoint l’espace couvert, dans l’attente du prochain show. L’ambiance est conviviale à souhait. La pluie est toujours d’actualité lorsque Takana et ses acolytes font frémir les enceintes, en mode sound system. Son 3ème album Rasta Government, armé comme il se doit pour donner force au mouvement, est sorti en mai et confirme que le guinéen mérite d’être pris au sérieux. 
Takana entame avec « Give Thanks ». Il alterne de nouveaux titres, des anciens, des rythmiques nu-roots et de nombreux dancehall. Il chevauche des riddims comme le Doctor’s Darling ou le World Jam, mais ne dénature pas « Rasta Government » ou « Three Six Clash » de leurs instrus originales. La pluie ne cesse de tomber et ce n’est pas ça qui arrêterait les lorrains dans la danse. Takana quitte la scène sans crier gare et ne réapparaît pas…
Pendant que la bande de joyeux lurons délurés tout droit venus d’Angleterre nommée The Gentle Mystics s’installe, certains manient le feu dans un véritable spectacle de lumières et de couleurs des plus épatants qui captive chacun. La musique des anglais n’est pas faite pour porter une étiquette tant elle est diversifiée. Electro festif en est un réducteur résumé. Neuf musiciens sur scène et une quantité d’instruments ! Des passages ska, électro, ragga, hip-hop etc. C’est Broken Note qui clôture cette première édition qui a accueilli plus de 600 personnes. La seconde est déjà annoncée pour l’année prochaine, nous ne manquerons pas de garder un œil sur la programmation !
Merci à tous !

Simba


(pour Reggae Est) 

mercredi 22 juin 2011

Takana Zion - Rasta Government (Soulbeats/Socadisc)

Avec un titre aussi évocateur, le nouvel album de Takana Zion annonce d’entrée la source d’inspiration de la musique qu’il contient. Guidé par la foi rasta et ses valeurs d’amour, de partage et de paix, le jeune guinéen poursuit sur sa lancée, prêt à distiller un maximum de vibrations et de messages, paré pour entraîner le mouvement, aspirant à un radical changement. Dix titres au compteur, mais c’est bien suffisant tant il semble impossible d’échapper à l’énergie dégagée par celui qu’on avait présenté comme le nouveau talent du reggae africain avec la sortie en 2007 de Zion Prophet, suivi deux ans plus tard par Rappel à l’Ordre. Ces deux opus avaient déjà suscité un intérêt prononcé et des plus enthousiastes, confirmé à la sortie du second par la patte d’un certain Manjul dont le nom est assurément synonyme de qualité. Pas de baisse d’énergie ou de perte de vitesse, bien au contraire ! Si les précédents albums sonnaient d’un reggae résolument africain, ce nouvel opus, exclusivement new-roots, enregistré au studio Harry J à Kingston, efface toutes les frontières et possède tous les atouts pour se propager sans mal. La langue de Shakespeare y domine, supprimant pour le coup toute trace de celle de Molière, et conservant la juste dose de patois guinéen. Essai réussi, l’harmonie règne à la perfection. De « Give Thanks To Jah » à « Three Six Clash » en passant par « Glory » feat Capleton et le fameux « Rasta Government », aucun affaiblissement, du très haut niveau, qu’il s’agisse des textes ou des instrumentales. Une fois la lecture du disque achevée, nous voilà regonflés à bloc pour mener le combat à ses côtés et tenter de faire tomber Babylone. Cet opus s’inscrit d’emblée dans les indispensables de l’année et Takana Zion dans les artistes de qualité à suivre de très près. On ne peut que souhaiter que le message passe et que le mouvement prenne forme et force comme il se doit !

Simba

Tracklist :
01. Give Thanks To Jah
02. Stolen Family
03. Glory feat. Capleton
04. My Music
05. Rasta Government
06. Love Fire
07. Rise Up
08. Khoule
09. M’Bife
10. Three Six Clash