vendredi 30 janvier 2015

Zenzile

Les cinq musiciens de Zenzile sont de retour avec un nouvel album, Berlin, le dixième à leur actif en presque vingt ans ! Inspiré du film de Walther Ruttmann de 1927, Berlin, La Symphonie d’une grande ville, ce nouvel opus est tiré de leur seconde expérience de ciné-concert, quatre ans après Le Cabinet du Dr Caligari.
« Cette bande son est notre deuxième expérience de composition pour un ciné-concert. Comme la première, il s'agit d'une proposition du festival européen de premiers films Premiers Plans, à Angers. Berlin, La Symphonie d'une grande ville nous a été proposé par Xavier Massé, administrateur du festival. C'est un film qui a une identité graphique forte, un montage aux rythmes tantôt lents, tantôt rapides, et qui, de par son sujet, le déroulement d'une journée à Berlin, offre une grande variété d'images, riches en inspiration (le train qui file dans la campagne allemande avant d'arriver en ville, les rues désertes qui se remplissent petit à petit de travailleurs jusqu'à former un flot qui entre dans les usines, les chaînes de montages automatisées qui se mettent en branle, la juxtaposition de l'opulence et de la pauvreté…). Pour notre première expérience de ciné-concert, Le Cabinet du Dr Caligari, nous avions voulu nous mettre totalement au service du film, en jouant dos au public, peu éclairés, afin que l'audience soit totalement plongée dans l'intrigue. Cette fois-ci, nous cherchions un film nous permettant de créer une relation différente. Berlin, par son absence de scénario, au sens narratif du terme, permet au spectateur de naviguer entre l'écran et la scène, de se concentrer sur le film ou sur les musiciens, sans perdre complètement le fil. Après l’avoir visionné plusieurs fois sans sa musique originelle, ensemble et individuellement, notre premier axe de recherche a été le krautrock, mouvement musical allemand né à la fin des années 60, comme point de départ, et pas nécessairement comme crédo immuable à tenir pour toute la musique à composer. Nous avons ensuite jammé et développé les idées que chacun avait. Lorsque celles-ci étaient assez nombreuses et suffisamment avancées, nous avons commencé à visualiser le film, le découper en séquences, et y poser notre musique. Il y a évidemment une recherche de correspondance entre la tonalité de l'action et la couleur musicale, mais aussi une recherche de tempo par rapport au montage des images. Le premier ciné-concert a eu lieu lors du festival Premiers Plans au Chabada d'Angers, en janvier 2014. Nous l'avons ensuite joué en février à Vannes dans un multiplexe, en mai à Stéréolux à Nantes, puis à Lille. L’accueil a été très enthousiaste lors de ces quatre représentations ! Nous avons différents retours du public : certains ne décrochent pas du film, d'autres font des allers-retours entre l’écran et les musiciens, et d'autres sont plongés dans le concert. C'est vraiment ce que nous avons cherché à créer : un dialogue entre le film, le groupe et le public. Ensuite, l'idée était de faire un album qui puisse s'écouter indépendamment du film. Nous avons donc adapté certaines structures des morceaux, et, pour d'autres, ajouter des idées. Quelques uns sont restés identiques, et seul un titre n'a pas trouvé sa place sur l'album. Berlin est sorti le 27 octobre dernier, nous allons maintenant le défendre sur scène ! »

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #39 - décembre 2014/janvier 2015)

lundi 19 janvier 2015

Sista Jahan - Inv-Itation


Parmi les sorties de ce début d’année qu’on ne peut que conseiller, on trouve l’EP de Sista Jahan intitulé Inv-Itation. Sept titres portés par la voix de la belle chanteuse, en français et en créole, regorgeant de positivité et de bienveillance, à propos de l’existence humaine et du monde actuel, soutenus par un reggae roots à la fois apaisant et entraînant…
Pour saisir tout l’esprit de ce projet, Sista Jahan confie l’histoire et l’inspiration de chacun des titres qui compose cette Inv-Itation.

« On trouve trois compositeurs sur ce projet. J’ai fait appel à Coco Roots, un beatmaker que j’ai rencontré par le biais d’un ami, Supa Dona, qui est aussi chanteur. Il est à l’origine de cinq des instrumentaux.
1) Inv-Itation parle d'amour, car nous en avons tous besoin. Peu importe d’où l’on vient sur la planète Terre. C’est une chanson où je parle de ma foi et où j'invite chacun à rentrer en connexion avec Jah, source de la Création, par la prière, les louanges…
2) Qu’Attendons-Nous ? questionne les locataires de la Terre, afin de réveiller en nous une conscience positive, qui nous éloigne de cette voie d’extinction dans laquelle nous nous engageons et qui peut mener à la perte de l’humanité…
3) Manman Ek Papa s'adresse aux mères, et aux pères, qui assument leurs responsabilités et ont conscience que l’amour qu'ils offrent à leurs enfants est nécessaire à leur équilibre psychique, qu’ils soient ensemble ou non. C’est une chanson dans laquelle je parle à mon fils, et où je remercie aussi ma mère et mon père, peu importe les manquements qu’ils ont pu avoir à mon égard. Pour moi, la famille est sacrée. Nul n’est parfait et chacun suit un plan divin et unique dans son cheminement ici-bas.
4) Négrèssemen ‘Fyè Pour cette chanson, j’ai fait la rencontre de Régis Tareau par le biais de mon cousin. Il a composé la version à partir d’un accapella de ma voix. Je revendique et assume mon identité terrestre et culturelle en tant qu'enfants de la diaspora africaine avec fierté. Cependant, j’exprime le fait qu'il y a beaucoup de division au sein même de cette diaspora… Les Antillais qui ne reconnaissent pas leurs ancêtres d'Afrique et les natifs africains qui ne reconnaissent pas les Antillais comme leurs frères… Je mets le doigt sur un sujet qui fâche, questionne, offusque, voir offense certains : l'esclavage. Un génocide humain très souvent dédramatisé, survolé, et peu abordé par les médias, par les hommes politiques. Beaucoup ne comprennent toujours pas pourquoi des actes de barbaries, de tortures, de crimes, ont été commis sur un peuple que l’on positionne encore en infériorité à cause de la couleur de sa peau. Nous venons tous de quelque part. Mes ancêtres sont africains et mes racines contribuent à mon existence sur Terre. Beaucoup de communautés ou de personnes isolées en souffrent encore à l’heure actuelle et c’est bien réel. Les Africains subissent, les Indiens, les Maghrébins, les Français, les Juifs, les Asiatiques subissent encore aujourd'hui… A nous de savoir ce que nous souhaitons laisser comme histoire à nos enfants. Ce qu’il importe de comprendre, c’est que chacun est une richesse dans le tout. Nous sommes ce que nous décidons d’être dans cette vie, à travers nos choix. Le soleil brille pour tous, tout comme l’amour n’a pas de couleurs. C’est aussi un morceau que j’ai fait pour sensibiliser certains Antillais au fait de s’approprier leur histoire, au lieu d’en faire un prétexte pour faire n’importe quoi et agir mal envers son prochain. Et aussi, pour certains Natifs d’Afrique qui perçoivent les Antillais comme des « vendus » et ne les reconnaissent pas comme les leurs. C’est une réalité que je vis. C’est par ses actions que l’on reconnaît un homme juste… Alors, que tu sois noir ou blanc, croyant ou athée, sois fier de qui tu es et, si tu ne l’es pas, cherche le meilleur qui vit en toi.
5) Relations humaines Sur cette chanson, j’ai fait appel à Selekta Kaprisson du Full Hundred Sound avec qui je travaille depuis mes premiers pas en sound system et qui m’a toujours soutenue. Le titre parle de lui-même : l’art de communiquer positivement et sincèrement n’est pas inné. C’est un texte qui parle de relations humaines et de cette difficulté que nous rencontrons parfois dans la communication. J’y exprime un ressenti personnel, qui peut parler à toute personne étant confrontée à la déception d’un être qui lui est cher. Je parle de l’importance d’être vrai avec soi-même pour l’être avec les autres, ce qui aide à lutter contre la tristesse, éviter les conflits et les pertes de temps inutiles… A quoi cela sert-il de faire semblant, si ce n’est se mentir à soi-même et se créer des maux ? Au fond, je sais que nous aspirons au meilleur pour nos vies. C’est un des morceaux du projet qui a peut-être déjà été entendu par les personnes qui suivent mon travail. Je l’avais interprété à la base sur une version instrumentale rap d’une chanson de Booba. Je tenais à partager ce message qui nous touche tous dans nos relations avec nos proches, dans le monde du travail, dans les rencontres sociales que nous pouvons faire... Entre amour véritable et amour intéressée, il y a un grand fossé. Je l’ai peaufiné et réadapté sur la version de Kaprisson.
6) Agir est un morceau qui dénonce l'oppression, la guerre, l'injustice, la corruption… Il aspire à voir l’unité entre les êtres humains. Le respect de la différence, le respect du souffle de vie que Jah a placé en chacun, agir pour nos droits, pour notre vie, notre liberté, car nous sommes tous victimes d'un système capitaliste… Sans action, rien ne se peut matérialiser concrètement !
7) Rester Positif contient un message qui redonne espoir quand on pense l’avoir perdu. L’idée est que ceux qui écoutent cette chanson puissent retrouver le sourire, saisir le sens de la vie, tirer des leçons de chaque expérience, trouver la force de lutter malgré l’adversité, préserver la joie et profiter de chaque instant, en s’entourant de personnes qui veulent notre bien-être et non le contraire… car nous apprenons tous des uns des autres, et de tout ce que nous vivons. »
Bonne écoute !

Simba

mercredi 31 décembre 2014

SOJA - Amid The Noise And Haste (Verycords)

Le nouvel album de SOJA est une pure merveille ! On sait, depuis longtemps, que les Américains savent parfaitement nous surprendre et nous satisfaire avec leur extraordinaire vibration. Le dernier en date, Strength To Survive, est sans nul doute l’un des albums majeurs de 2012 et celui-ci va certainement faire date à son tour. Amid The Noise And Haste conserve cette saveur habituelle, si agréable et enivrante, de chacune de leur galette. Les 13 titres ont toujours cette sonorité rock/reggae, qu’ils savent si bien explorer, et la voix de Jacob Hemphill ne manque pas de douceur, nous emportant d’une piste à l’autre sans qu’on ne puisse résister à l’appel. L’une des particularités est la présence de nombreux featurings, pas des moindres qui plus est, et très diversifiés : Damian Marley, Collie Buddz, J Boog et Anuhea, Alfred The MC, Michael Franti et Nahko sur « I Believe » (le premier single)… Les bonus de la version digitale ajoutent Bobby Lee sur « Driving Faster » et Mala Rodriguez sur « Like It Used To ». Le reste est à l’avenant. La lecture s’ouvre sur « Tear It Down », d’emblée séduisant. « Once Upon A Time », « Signature », « Wait », « Better »… sont exactement ce à quoi nous a habitués SOJA au cours de ces quatre précédents albums et dont on ne saurait se passer. Il ne faut pas bien longtemps pour être totalement sous le charme. Quant aux sujets abordés ici, il est question de ce bonheur et de cette paix que l’on mérite tous, en aidant les autres à faire de même… Même au milieu du bruit et de la hâte, nos soldats savent se faire encourager !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

lundi 29 décembre 2014

Lek Sen - Jaam Dong (Jahsen Creation)

Le quatrième album de Lëk Sèn s’intitule Jaam Dong, qui signifie « seulement la paix ». C’est bien tout l’esprit qui accompagne l’artiste originaire du Sénégal, toujours aussi engagé et conscient. Burn et Tomorrow avaient laissé entendre qu’il avait tout d’un inclassable, à la fois world, blues africain, afrobeat, hip-hop, reggae… Après Hope Inna Afreeka, sorti l’année dernière, dont la totalité des bénéfices sert à la construction d’une école de musique dans son village natal de Ngor, Puppa Lëk Sèn revient avec un album résolument reggae, parsemé de touches africaines, regroupant des sons très roots, comme le titre d’ouverture « Zion », et d’autres aux rythmes plus cadencés. La thématique de la paix est abordée sous tous ses angles (« Brave Man », « Don’t Give Up », « Warrior », « Jaam Dong », « No Man Can Stop Us »…). Lëk Sèn nous ravit de sa splendide voix, à l’éraillement singulier qui séduit instantanément nos oreilles, qu’il chante ou toaste, en anglais ou dialecte africain. Lëk Sèn a assurément un immense talent et cet album devrait combler tous les amateurs de reggae, puisqu’il en explore toutes les dimensions, riche dans le fond comme dans la forme, grâce à ses multiples facettes vocales et ses compositions soignées. Un petit bijou musical !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

samedi 27 décembre 2014

SOJA - Par amour

Quel plaisir que de retrouver SOJA avec ce Amid The Noise And Haste à la hauteur de leur réputation ! Interview avec Jacob Hemphill, de retour d’une tournée à Hawaï, le temps d’une pause, avant de reprendre la route et parcourir le monde avec ce nouvel excellent album.

A la formation du groupe, pensais-tu que vous seriez encore ensemble pour un cinquième album ?
Aujourd’hui, je ne peux pas imaginer arrêter de faire des albums ! Mais, à la sortie du premier (Peace In A Time Of War), je ne pensais pas aussi loin que cinq albums. Pouvoir réaliser et enregistrer le premier avec Jim Fox aux Lion & Fox studios était un grand exploit ! Nous cherchions un endroit, mais c’était trop cher partout. Notre batteur, Byrd, a réussi à nous avoir une offre aux Lion & Fox studios. C’est comme ça que nous avons rencontré Jim. Il a accepté de faire chaque morceau en fonction de ce que nous pouvions mettre.

Quand et où avez-vous enregistré le nouvel album ?
Ça s’est fait au cours des deux dernières années. Une grande partie au Circle Village, les studios de Inner Circle à Miami, en Floride, et j’ai aussi enregistré la plupart des voix et guitares dans mon studio à Arlington, en Virginie. Les parties des artistes invités viennent de différents endroits dans le monde.

Peux-tu expliquer le sens du titre de l’album, Amid The Noise And Haste ?
Chacun des albums a un thème. Le dernier, Strength To Survive, portait sur la Terre et les êtres humains qui vivent dans la biosphère. L’avant-dernier, Born In Babylon, dit : « ok, je suis né dans un pays qui fait partie du premier monde, mais que puis-je faire pour que nous soyons tous unis ? » Amid The Noise And Haste est beaucoup plus personnel. Il s’agit de reconnaître la condition humaine. Au milieu de tout ce vacarme et cette hâte, nous pouvons percevoir que la vie est la plus belle chose qui existe. C’est en vous, c’est en moi, et partout autour de nous…

Il y a beaucoup de combinaisons sur celui-ci par rapport aux autres : 7 sur l’album et 2 parmi les bonus de la version numérique. Avez-vous écrit ces chansons ensemble ou seul de ton côté avant de les inviter ?
J’écris généralement les chansons seul, dans un premier temps, juste avec ma guitare. Pour chaque titre qui a fait l’objet d’une collaboration, nous avons d’abord réfléchi à son sujet et, ensuite, nous avons pensé à l’artiste qui pourrait nous accompagner et contribuer à son message.

Sur « Your Song », on retrouve Damian Marley. C’est votre première collaboration ?
Oui, c’était la première. « Your Song » parle du fait d’être tout le temps sur la route. Au moment où on commence à s’intéresser à autre chose que gagner plus de renommée ou de succès, et que ce que l’on veut vraiment, c’est juste avoir sa vie. Dans ces moments-là, le seul réconfort que l’on peut trouver se trouve dans le public. Quand ils lèvent leurs mains et chantent, ça vous rappelle alors pourquoi vous faîtes tout ça. Quand nous avons songé à un invité sur ce titre, nous nous sommes dit qu’il faudrait quelqu’un qui comprend le fait d’être longtemps en déplacement. Evidemment, nous avons pensé à Damian Marley, qui est dans le reggae depuis tout petit. Travailler avec Damian était vraiment spécial, pas parce que nous nous sommes rapprochés de Bob Marley, mais parce que c’est un artiste au talent exceptionnel !

« She Still Loves Me » était sur Strength To Survive en version acoustique. Elle est aussi sur Amid The Noise And Haste en collaboration avec Collie Buddz. Pourquoi avoir décidé de faire cette nouvelle version ?
Toutes mes chansons commencent en acoustique. Elle s’est retrouvée sur Strength To Survive, mais nous savions que nous allions l’explorer davantage.

Sur Strength To Survive, il y a aussi une version de « Everything Changes » avec le groupe français Danakil et une autre avec l’Allemand Gentleman. Est-ce que ces collaborations ont contribué à vous donner envie d’en faire davantage sur celui-ci ?
J’ai toujours aimé travaillé avec d’autres artistes. Nous avons toujours fait beaucoup de combinaisons, remix et clips. La musique est encore plus agréable en collaborant et en expérimentant !

Pourquoi avoir choisi Danakil ?
Mon manager Elliot m’a fait écouter leur musique. C’était un plaisir de travailler avec Danakil sur « Everything Changes ». J’espère que nous aurons d’autres occasions, et que nous pourrons faire des concerts ensemble !

« Better » est une de mes chansons préférées sur votre nouvel album. Quelle est son histoire ?
« Better » est la suite de « Wait ». « Better » parle de ce moment où l’homme et la femme demandent de l’aide. Ça dit : « Regarde, nous sommes follement amoureux. Nous ne pouvons pas rester si éloignés. Mais je l’ai blessée et elle m’a blessé tellement de fois, que ce que nous avons est brisé. Pourtant, l’amour est toujours là… Alors, que faisons-nous ? » Dans le premier couplet, c’est moi qui demande. Dans le second, c’est elle. Le troisième couplet, nous nous rendons compte que nous ne savons pas comment faire mieux…

Tes paroles restent très humaines et sensées. Que penses-tu de la situation dans le monde actuellement ?
Je pense que l’amour n’a pas la place qu’il devrait avoir. Nos décisions sont de plus en plus liées à l’argent, plutôt qu’au bonheur, à l’amour et l’unité. Mais j’espère que nous nous dirigeons dans la bonne direction.

Penses-tu comprendre mieux la vie maintenant qu’auparavant ?
Je me rends mieux compte que je n’ai pas réponse à tout. Plus le temps passe, plus il y a de questions… « When We Younger », sur Strength To Survive, parle justement de ça. Nous pensons que nous savons tout, mais, en vieillissant les réponses se transforment en questions. Pourquoi sommes-nous ici ? Quel est le but de la vie ? Y a-t-il un Dieu ?... J’avais des certitudes là-dessus, mais, aujourd’hui, je me pose des questions.

SOJA a vendu plus de 200 000 albums et a des fans partout dans le monde ! Que penses-tu de ce parcours ?
Je ne vois pas les choses en terme d’albums vendus. Pour moi, ce qui compte c’est de savoir si oui ou non j’ai quitté ce monde pour quelque chose de meilleur que quand j’y suis entré. Les commentaires les plus gratifiants, c’est quand un fan me dit qu’une chanson en particulier l’a aidé à traverser une période difficile de sa vie ou qu’elle l’a aidé à changer son point de vue sur quelque chose…

Le mot de la fin ?
L’amour est tout ce dont vous avez besoin.

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

jeudi 25 décembre 2014

Edgar Rebel - Rebelle un jour

Originaire de Centrafrique, Edgar Rebel découvre la scène sound system parisienne au début des années 1990, aux côtés de Jah Wisdom et Youthman Unity notamment, avant de traverser la Manche, pour étancher sa soif de Jamaïque… De retour dans l’Hexagone, après long exil et nombreux efforts, Edgar Rebel est muni d’un album, Rasta Concept, sorti avant l’été, où l’auteur-compositeur-interprète en dit long sur son cheminement musical.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ? Pourquoi as-tu choisi le nom Edgar Rebel ?
J’ai commencé la musique en 1990. A mes débuts, j’ai été inspiré par une vague d'artistes de la fin des années 1980, tels que Cutty Ranks, Tony Rebel et beaucoup d'autres… Je me considère « rebelle » car, pour moi, la musique rasta est avant tout une musique contestataire, remettant en cause les points obscurs de la société dans laquelle nous vivons. Ayant choisi de la représenter dignement, m’appeler Edgar Rebel me semblait parfaitement approprié.

Pourquoi es-tu parti t’installer au Royaume-Uni, en 1992 ?
J’ai choisi de m’installer en Angleterre car, dans un premier temps, c’était la meilleure façon pour moi de découvrir et de vivre la culture jamaïcaine, à Londres, à 500 km de Paris.

Combien de temps y es-tu resté ? Quelles expériences musicales y as-tu vécu ?
J’y suis resté dix-sept ans. Dès mon arrivée à Londres, j’ai rencontré Malik Martin, du projet Twin Explosion, qui m’a introduit dans le milieu de la « british industry » en me présentant différents artistes, sound systems et producteurs. Il m’a, notamment, permis une première partie de Brigadier Jerry et Sister Nancy, au Chicago Club de Peckham. Notre sound system, African Ship, a participé à deux reprises à la Dub Cup et nous avons beaucoup joué au côté d’autres sound systems !

En quoi consistait le projet Edgar Rebel and The Rasta Disciples ?
Le projet Edgar Rebel and The Rasta Disciples est un album roots produit par Gussy P. Il a été enregistré avec Quincy Roots, aka Ras Indian, mon partenaire DJ pendant de longues années. La particularité de cet album est qu’il n’y a que des featurings, avec, entre autres, Juxy Nice, Rick Wayne, Earl Sixteen, Mike Anthony… 

En quelle année as-tu créé l’African Ship Sound System ? Existe-t-il toujours ?
J’ai monté l’African Ship Sound System en 1995. Il existe toujours, mais nous n’avons pas joué depuis bien longtemps… Se concentrer sur la production prend beaucoup de temps !

Quels sont tes souvenirs les plus marquants avec ce sound system ? Quels en sont les membres ?
Un des meilleurs souvenirs qui me vient à l’esprit est African Ship alongside Coxsone à Streatham Vale ! Ça a été un grand succès pour nous ! Les autres membres d’African Ship sont Ras Indian, Clarendon et Babenco. Deux d'entre eux vivent en Angleterre.

Quand a eu lieu ton premier voyage en Jamaïque pour le projet Twin Explosion ?
Je suis allé pour la première fois en Jamaïque en 2005, j’ai enregistré chez Mix Lab. Puis, j’y suis retourné l’année suivante, mais pas pour la musique cette fois…  

Quand a été créé le label Grebel Music ? D’où vient ce nom ?
Grebel Music a été créé en 2007 et, pour la signification, il s’agit simplement de la lettre G et Rebel ! (rires)

La première sortie du label en a été le single « Holy Mountain », c’est bien cela ?
Oui, tout à fait. J’avais enregistré un 12-titres à Londres et je n'en étais pas vraiment satisfait. Du coup, j’ai sélectionné trois morceaux que j’ai réenregistrés en 2010, pour la sortie d’un single, l’année suivante.

En avril dernier est sorti ton premier album solo, intitulé Rasta Concept. Quand as-tu commencé à travailler dessus ?
J’ai commencé à travailler sur Rasta Concept au moment où je me suis rendu compte que les singles 2 ou 3 titres n’avaient plus vraiment leur place sur le marché, qu’il fallait plutôt un EP, au minimum, pour présenter son travail et jouer sur scène. Dans cet album, j’exprime sincèrement et profondément ma conception de la foi Rastafarienne… J’aurais pu l’appeler Rasta Philosophy, mais j’ai choisi Rasta Concept car l’impact du mot me paraît plus significatif par rapport à mon appartenance à un mouvement religieux.

De quelle manière exprimes-tu ta foi rasta sur cet album ?
J’ai essayé d’aborder des sujets qui peuvent éclairer ceux qui se posent des questions sur ce que peut être le Rastafarisme et ses principes… Je vis ma foi rasta « by giving thanks and praises to the most high Jah ! »

Les musiciens qui t’accompagnent sont-ils toujours ceux du Grebel Band ?
Quatre des musiciens du Grebel Band m’accompagnent sur l'album : Omar Marquez (batteur et percussionniste de formation jazz, folk, musiques traditionnelles), Rodrigo Miqueles (claviers et flûte de formation jazz, musiques latines, classique), Soan Dusan (trombone) et Ignacio Ferrera (trompette alto). Les autres membres du groupe sont Marcello Albertani (guitariste de formation jazz, funk, reggae et musiques traditionnelles latines) et Raoul Monsalves (bassiste jazz, rock, reggae, funk, musiques traditionnelles latines). L’album a été enregistré aux Studios Mael et One Two Pass It à Paris.

Quels sont tes projets ?
La réalisation de l'album Edgar Rebel and The Rasta Disciples pour 2015… A suivre !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

mardi 23 décembre 2014

Jah On Slide

Après plusieurs années de silence, les parisiens de Jah On Slide sont de retour avec un nouvel album gonflé à bloc, Never Knocked Out. Depuis la formation du groupe, en 1999, les Jah On Slide sont restés fidèles à leur goût pour le ska, épris de cette musique des années 1960 et de toute la vague Two Tone et ska revival.
Le trio d’origine des Jah On Slide, composé de Jérôme Lanvin aux claviers, Frédéric Lazard à la guitare et Hugues Lazard à la batterie, s’est formé dans les années 1990 au sein du groupe Skarface, qui faisait vibrer l’underground de l’époque. Tous ont totalement succombé aux maîtres du ska anglais (The Specials, The Beat, The Selecter, Madness, Bad Manners…), mais aussi aux incontournables légendes d’outre-Manche que sont Beatles, Clash, Stranglers… sans avoir non plus échappé au ska jamaïcain pure souche de Laurel Aitken, Desmond Dekker, Judge Dread… Ils forment ensuite Goldfinger, avec Richard Mazza à la basse. Une fois cette aventure terminée et un repos bien mérité, le trio reprend du service en créant Jah On Slide, qui incorpore d’autres musiciens au fur et à mesure des rencontres, leur permettant de composer des albums de leur cru, tout en ayant chacun leur ambiance singulière. Le premier, Skannibale Street, sort en 1999, suivi de très près par Tranquille, Pastaga et Rouflaquette, puis Danger & Pressure, en 2002, et Parole de Rude Boy, en 2004. Ils font une tournée au Japon, en 2007, et des dates en France jusqu’à l’année suivante, avant de ressentir le besoin de faire une petite pause pour reprendre leur souffle, laisser passer un peu de temps et digérer leurs déboires avec l’industrie musicale. La fin des Jah On Slide n’avait pourtant pas encore sonné et leur nouvel album, Never Knocked Out, disponible depuis le 25 avril, est là pour le confirmer ! Aujourd’hui, ce sont Fabrice Allain à la guitare, Cyrille Guibert à la basse et Mathias Martin au saxophone ténor qui complètent le trio. « C'est un album plus revival et 2Tone que les précédents. Il y a eu la volonté de réaliser un travail d'arrangement plus important au niveau des voix et des instruments. Certains titres sonnent très british et on reconnait, d'une certaine manière, l'originalité de Jah On Slide. Comme sur tous nos albums, il y a des invités – et non des moindres : Dr Ring Ding, Rudy Cat, Le Donz… et même Rachid Casta, chanteur marocain qui pose son style raï sur un de nos titres ! » Le combo en profite pour reprendre les routes des concerts en France et dans toute l’Europe. Un clip du titre avec Dr Ring Ding est également en préparation… Les Jah On Slide sont de nouveau au taquet !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

dimanche 21 décembre 2014

DJ Vadim

Il est des nouvelles tellement bonnes qu’il est obligatoire d’en faire le meilleur écho ! Pour son nouvel album, Dubcatcher, DJ Vadim s’est plongé dans les vibrations reggae, complétant allègrement son impressionnante discographie, tout en continuant de surprendre les adeptes du genre. L’Anglo-russe relève haut la main le défi.
En 1980, Vadim arrive en Angleterre, âgé d’à peine quelques années. Immergé dans cette culture londonienne riche, son goût pour les beats hip-hop le pousse, plus tard, à faire de la musique et à en explorer les infinies possibilités. Voilà déjà deux bonnes décennies que Daddy Vad l’expérimente sous toutes les coutures, en solo comme en bonne compagnie (The Electric, The Bug…), jamais à cours d’inspiration et d’imagination. Toutes ses productions ont montré qu’il ne craignait pas les autres styles – et que le reggae était toujours de la partie. Les années ont vu passer entre ses mains des titres qu’il a pris plaisir à remixer de Big Red, Anthony B, Capleton, Macka B, Collie Buddz… Cependant, on était loin d’imaginer que Vadim nous ferait le plaisir d’y consacrer un album original tout entier ! Dubcatcher, disponible depuis début juin, exhale l’authenticité. Le DJ-producteur a concocté des instrumentaux issus de tout l’éventail des musiques jamaïcaines (early reggae, roots, dancehall, dub…) pour accueillir les artistes rencontrés sur la route, dont le flow a tous les atouts requis (YT, Gappy Ranks, Jamalski, Demolition Man…). Si Vadim a glissé vers le reggae lentement mais sûrement, il reconnaît être particulièrement touché par l’espoir et l’amour qui habitent cette musique, ainsi que sa particularité d’aborder des sujets très réels. En 2007 est sorti l’album Soundcatcher, à l’origine du jeu de mots qui a donné naissance à ce nouvel opus, désireux de revenir à des versions épurées. Bien que certaines pistes ont commencé à prendre forme en 2004, la majeure partie du travail de composition et d’enregistrement a eu lieu entre 2012 et 2013. Il lui a simplement suffi de proposer plusieurs rythmiques à chacun des artistes qu’il souhaitait voir faire partie de cette aventure, pour les laisser choisir celles sur lesquelles ils ressentaient l’envie de faire rebondir leurs mots. Le résultat a produit 16 morceaux. Jamais à court d’idées, DJ Vadim prévoit un autre volet, Soulcatcher, pour emmener ses explorations vers d’autres univers. Après la basse, la soul… Comme il le dit lui-même : « It’s bigger than reggae ! »

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

vendredi 19 décembre 2014

Doctor Red

Vous avez sans doute remarqué que la scène dub française est des plus florissantes, avec des projets aussi inventifs qu’addictifs, pour satisfaire les aficionados de basses lourdes et puissantes ! Doctor Red compte parmi ces combos qui s’acharnent à faire vibrer les murs d’enceintes.
Leur histoire démarre en 2009 lorsque Yvan et Lolo se rencontrent au Sabar, à Annecy, par l’intermédiaire de Jahlow. Yvan est bassiste et a joué dans plusieurs groupes de punk-rock de la scène savoyarde, avant d’intégrer, en 1995, le collectif reggae Sleng Teng basé à Chambéry, et de collaborer avec Dub Interior, une décennie plus tard. De son côté, Lolo est percussionniste et expérimente tout ce qui peut sonner, des percus traditionnelles comme les congas et la darbouka, aux inventions technologiques que sont les pads électroniques et les samplers. Il débute dans les années 1990, avec le Jahlow Sound System, dans un esprit roots & culture, tout en jouant dans des groupes de rumba congolaise, musique électro malgache, pop-rock… En 2011, le duo rencontre Brother Culture avec lequel ils enregistrent deux morceaux qui suffisent au MC anglais pour leur proposer de réaliser tout un album ensemble, We Legalize The Dub. En septembre de cette même année, les deux Docteurs font une rencontre déterminante avec Catali, chanteuse multilingue façonnée par ses nombreux voyages et expériences musicales diversifiées, qui va devenir la voix des Rouges. Pour ne rien gâcher, elle maîtrise également trombone et mélodica et est toute disposée à faire tourner le groupe. En 2012, Seb devient leur régisseur général, puis, en février dernier, Jonat, leur technicien lumières. L’équipe est au complet pour la scène ! Après plusieurs sessions d’enregistrement à l’automne 2013, notamment dans les studios de Jarring Effects, deux maxis vinyle (Warrior Dub part.1 et 2 et One Love – Daram Sala Dub) sont sortis au printemps, illustrés des visuels conçus par Lolo, qui assure toute la partie graphique du groupe. Et ce n’est que le début, puisque le combo nous réserve, pour l’automne, la sortie d’un album intitulé United Colors of Dub, qui sera disponible en CD et en téléchargement, pour s’immerger totalement dans l’univers Doctor Red. On ne demande que ça !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)

mercredi 17 décembre 2014

Daoud MC

Auteur-compositeur-interprète, Daoud MC n’en est pas à son coup d’essai, présent dans le circuit depuis déjà près de deux décennies. Maximum Dose est pourtant son premier projet 100% reggae : un concentré de bonnes vibrations.
Né en 1979, Daoud MC apprend très tôt le piano et écrit ses premiers textes dès l’âge de 10 ans. Il monte pour la première fois sur scène, en 1992, à la fête de fin d’année de son collège. Sa carrière démarre sans attendre, trois ans plus tard, dans le mouvement hip-hop, au sein du groupe Deblé-Men, attiré par le groove de cette musique, et aussi par la danse et le graff. Leur premier disque sort en 1997 (Vigi-Pirates), puis trois maxi-vinyle, l’album Tout Système A Une Faille en 2001, sans oublier des titres sur des mixtapes, avant que l’aventure touche à sa fin… Il démarre sa carrière solo en 2003, par le maxi Illegal Concept, en téléchargement gratuit avec Suspekt Corp, qu’il fait suivre, deux ans plus tard, de l’album 25, sur lequel figure un featuring avec Daddy Mory. Bien qu’il ait toujours baigné dans les vibrations reggae-ragga, le hip-hop reste encore largement la dominante. Lui vient alors l’idée d’un projet exclusivement reggae. C’est chose faite avec Maximum Dose qui contient sept titres, dont les premiers singles « Je Me Vois Bien Différent » et « Sous Contrôle » ont été mis en clip. Composé et enregistré entre ses murs, l’EP a ensuite été mixé au Demolisha Studio en Seine-Saint-Denis. Pour faire vivre ses nouveaux titres sur scène, Daoud MC s’accompagne du Bass Culture band des Yvelines, qui existe depuis plus de 30 ans, dont le membre fondateur n’est autre que son oncle, Slimane, aka Dubrise. Après avoir suivi le groupe depuis tout petit, voilà qu’il le rejoint de l’autre côté de la scène ! « La musique est un défouloir, un moyen à la fois de m’amuser et d’exprimer ce que j’ai sur le cœur. J’aimerais avoir plus de temps à consacrer à cette passion, pour dire à tout le monde : regarde-toi, respecte-toi, aime-toi ! Je chante ce que je vis et ce que je vois. Et je vis à Babylone… On peut dire que c’est un constat sur ce que nous devenons en évoluant dans notre société. Aujourd’hui, je paie des impôts et j’ai deux enfants à élever, c’est ce qui m’inspire… » Des concerts sont en préparation, tout comme le tournage d’un troisième clip extrait de Maximum Dose : une seule recommandation, respectez la posologie prescrite !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine #38 - octobre/novembre 2014)