vendredi 9 novembre 2018

Le Loup Vert Festival

En septembre a lieu la troisième édition du festival Le Loup Vert en Normandie, à la base de loisirs de Jumièges - Le Mesnil, à une trentaine de kilomètres de Rouen. Une programmation reggae, hip-hop, dub, chanson, world… pour ce festival qui a affiché complet l’année dernière et se présente à nouveau sous les meilleures augures.
Le festival Le Loup Vert est né il y a trois ans suite à la suggestion du maire de Jumièges et président du syndicat gérant la base de loisirs du village de proposer un événement culturel de grande ampleur. Il s’adresse à l’équipe de 1001ProdsRecords, expert dans ce domaine, pour monter un festival accueillant et chaleureux. Voilà l’occasion de mettre à l’honneur leurs musiques de prédilection à travers une programmation éclectique : une soirée axée reggae et hip-hop, la seconde davantage chanson et world, sans oublier une scène sound system assurée par Blackboard Jungle. C’est donc à l’association La Meute qu’est confiée l’organisation de ce festival sur deux jours, avec le soutien du label 1001ProdsRecords, né à Jumièges il y a huit ans et basé aujourd’hui à Rouen. Les mois de juin, juillet et août étant déjà bien chargés en animations dans le secteur et marqués par les congés estivaux habituels, ils ont choisi de le réaliser en septembre et d’en faire un festival éco-responsable. La base de loisirs offre un cadre idéal avec son lac, sa plage, ses activités (acrobranches, pédalos, tyrolienne…). Le « loup vert » est une légende locale bien connue, dont le nom évoque aussi le respect de l’environnement qui leur tient à cœur. La première édition avait accueilli 4000 festivaliers sous un temps mitigé. L’année suivante, le soleil au rendez-vous, 7000 âmes ont gagné la base de loisirs qui a affiché complet ! Cette année, l’équipe a une fois de plus choisi la programmation en fonction de ses coups de cœur, avec en tête d’affiche, Sergent Garcia, Panda Dub, Mahom, Black Ship, Soom T, Fatbabs, Soviet Suprem, Solar Project, Channel One… Rendez-vous les 21 et 22 septembre à Jumièges pour ce troisième Loup Vert !

Simba


samedi 3 novembre 2018

Mellow Mood - Large (La Tempesta Dub/MA Prod)

Le nouvel album de Mellow Mood est un véritable régal. On peut dire que le groupe a gagné en maturité à chaque opus, et ce pour notre plus grand plaisir ! Ce cinquième album produit avec Paolo Baldini porte bien son titre, Large. Les textes des jumeaux explorent et interrogent l’humanité en transversale, alors que les instruments s’approprient le reggae roots originel, pour obtenir un son profond et sincère qui inspire l’unité. L’entrée en matière se fait avec « Call Back The Love » en guise d’introduction épurée, on fond sur l’enivrant « Ms Mary », avant de monter le son sur les singles déjà en diffusion « Sound Of A War », « Large »… goûtant même au dancehall sur « String Up A Sound » et « Eye Waata », avant de conclure le disque avec l’impeccable new-roots « Place Called Home ». Comment ne pas être conquis par toutes ces chansons justes à bonne température offertes sur un plateau par Mellow Mood ? On imagine déjà en live le public chanter en chœurs sur « It Can’t Work » ou « Tuff Rocky Road ». Voilà un album qui va laisser de grandes traces sur son passage… D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls Italiens dreadlocksés à qui on peut faire confiance en matière de productions musicales !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine n°61 - août/septembre 2018)

lundi 29 octobre 2018

Omar Perry - New Dawn (Khanti Records/[PIAS] France)


La renaissance d’Omar Perry prend vie en tout juste une heure. Quatorze morceaux composés par Jonas « Koffi » Gouraud et joués par le Soulnation Band pour un voyage musical intégralement roots/new roots. Tout en profondeur et en authenticité, la douce voix d’Omar Perry fait du bien à nos oreilles avec ses refrains qu’on fredonne si rapidement sans même s’en rendre compte et ses mélodies aussi vivantes qu’attisantes. Fidèle à ses racines jamaïcaines et rasta, le chanteur impose le rythme et la couleur dès le titre d’ouverture « Living Legend (Jah Live) », suivi d’un pêle-mêle de réflexions de circonstance poussé avec la même vivacité (« Freedom », « Bad Mind People », « Sweet Love », « Can’t Escape (Global Warming) »…). Les combinaisons comptent parmi les plus puissants hits de cet opus : « Educated Fool » avec Jah Mason, « Checking For Me » avec Cedric Myton, « Sound The Trumpet » avec Bouchkour et Komlan de Dub Inc. Aucun faux, pas, chaque chanson fait bien son effet et garde la cadence. Nous voilà en présence d’un album rafraîchissant, parfait pour la saison, qui devrait faire beaucoup d’adeptes !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine n°61 - août/septembre 2018)

mercredi 24 octobre 2018

United by Skankin

Le premier album de United by Skankin est enfin dans les bacs. Après deux maxis et beaucoup de concerts, le duo de chanteurs est fier de nous présenter Far West Moderne.
Speed’art et Skankin Buzz se sont rencontrés il y a une quinzaine d’années du côté d’Angers. Speed’art était percussionniste et Buzz, guitariste. Ils montent un groupe de reggae/ska acoustique et font leurs premiers concerts. Tous deux passent par différentes formations et différents genres avant de monter, en 2010, United by Skankin. Fortement inspiré par les groupes et chanteurs de reggae français des années 1990, ils n’échappent ni au vieux roots ni au revival actuel. Speed’art reconnaît avoir été totalement hip-hop et rap français jusqu’à sa découverte de Raggasonic, parfaite alliance hip-hop et reggae qui lui donne le goût de cette scène française qui ne le lâche plus depuis. Lorsqu’ils créent United by Skankin, l’idée de départ est de former un projet qui leur ressemble pleinement, parallèle à Rastafaya, leur groupe de reggae/ska/rock de l’époque, et avec une formation plus légère que les huit musiciens. Ils commencent par poser leurs textes sur des versions de riddims bien connus, comme le Real Rock, World Jam, Intercom Reloaded… et en profitent aussi pour faire des shows sound system avec Houarnev de Furious Style.
En 2012 sort l’EP UBS Part En Mission pour fixer une partie de ce qu’ils chantent régulièrement au micro depuis leurs débuts ensemble. Grâce à Geoffrey Papin, bassiste de Rastafaya, et Achaiss, United by Skankin a un premier maxi en main. De 2012 à 2014, éloignés géographiquement, Speed’art et Buzz évoluent chacun de leur côté, en solo ou en groupe, mais ce n’est qu’une courte pause puisqu’en 2015 sort leur second EP, Star System, avec ses cinq titres inédits. Les voilà suffisamment échauffés pour s’attaquer à un premier album. Celui-ci s’intitule Far West Moderne, sorti le 25 mai dernier, en CD et digital. Avec des compositions 100% originales qui leur collent parfaitement à la peau, ce premier disque est leur signature. Pour le réaliser en autoproduction, ils ont lancé une campagne de financement participatif qui a abouti en juin 2017 et leur a permis de finaliser le projet. Ils composent et enregistrent durant tout l’été qui suit, dont quelques combinaisons avec des artistes proches, Max Livio sur « Marginal », Missah, Weedo et Tiyab sur « Ressent L’Effet », Jamanle, Puppa Nadem, Gringoriginal et Deewaï sur « On Passe Le Mic ». Far West Moderne compte quinze morceaux, quelques instrus déjà existants, les Yarn et Shout It Up riddims, entourés de compositions nouvelles. Le visuel à l’atmosphère western est l’œuvre du dessinateur Mickaël Vaillant qu’ils connaissent bien. United by Skankin joue sur scène en sound system avec Sista Lonn depuis 2011 et rien ne leur fait plus plaisir que de partager toute cette bonne énergie en live !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine n°61 - août/septembre 2018)

vendredi 19 octobre 2018

Yoha and The Dragon Tribe

Un an après la sortie d’un premier album The Sound Of My Soul, Yoha & The Dragon Tribe vient de sortir un nouvel EP intitulé Mad World, en téléchargement gratuit sur le web.
Disponible depuis le 18 mai, Mad World réunit quatre pistes, dont le titre éponyme et sa version piano comme final. Alors qu’il s’est passé presque trois ans entre l’enregistrement et la sortie d’un premier album, The Sound Of My Soul, suivi d’une année bien remplie en concerts, Yoha & The Dragon Tribe a ressenti l’envie fulgurante de sortir quelque chose de nouveau, représentatif de son style et de ses multiples facettes, avec la meilleure qualité de production possible. Le choix des morceaux s’est fait en novembre dernier, avant une entrée en studio dès janvier, suivi  du mix et du mastering en février, pour finir avec le pressage et toute la promotion avec le renfort de Musical Impact. « La première chanson, « Mad World », est vraiment puissante. C’est un reggae sur fond rock, hip-hop et dub abouti. En plage deux, « I Don’t Care Of What You Think » pulse et donne la cadence, dans un style plutôt rocksteady, ska-reggae à l’ancienne, avec l’arrivée de deux nouveaux musiciens, Karl et Tristan, au saxophone et à la trompette. « We Live In A Land » est une chanson que j’apprécie tout particulièrement pour sa soul mélangée au reggae… Et la dernière est un remix violoncelle-piano-voix de « Mad World ». Donc, au final, quatre chansons, quatre styles différents, frais et au goût du jour pour notre tribu ! », annonce fièrement Yoha & The Dragon.  
« Nous vivons dans un monde où tout va de plus en plus vite, où beaucoup ont du mal à prendre soin d’eux, où la technologie et le matériel prennent le dessus en écrasant le spirituel et notre lien avec la nature… Le message de cet EP et de la chanson éponyme est l’optimiste avant tout. Je crois en l’utilité d’une période comme celle que nous sommes en train de vivre et en la réaction qui doit suivre, car ce n’est qu’au milieu de la pénombre que nous saurons créer une belle et grande lumière, une lumière qui guérit et améliore les aspects de notre monde, et ce changement passe par chacun de nous… Le but n’est pas la révolution contre ce monde, mais avec lui et pour lui. », avance le groupe. Son disque, Mad World, est disponible en téléchargement gratuit sur http://www.yohaandthedragontribe.com ainsi que sur Soundcloud. Sans oublier, le clip, aussi puissant que le morceau, à visionner sur YouTube. Si un nouvel album pointe lentement à l’horizon, Yoha travaille également sur d’autres collaborations, qui verront le jour l’année prochaine… Comme il le dit lui-même, il ne fait que ce qu’il aime, et les bonnes vibrations sont toujours au rendez-vous. Il ne vous reste plus qu’à foncer télécharger Mad World, si ce n’est pas déjà fait !

Simba

(pour Reggae Vibes Magazine n°61 - août/septembre 2018)

dimanche 14 octobre 2018

Satya

Il y a deux ans, Satya sortait son premier album éponyme pour faire connaître son style hors du commun alliant chant, guitare et beatbox. Après avoir donné des concerts dans toute la France, le deuxième album du duo toulousain, Live Up, est disponible depuis le 8 juin dernier.
Peu après la sortie de leur premier album, qu’ils ont mis autant d’énergie à promouvoir qu’il leur en a fallu pour l’autoproduire, Sanka et N-Jin commencent à composer de nouvelles chansons pour un éventuel EP. L’inspiration est si bonne qu’ils se retrouvent rapidement avec la tracklist complète d’un deuxième disque, logiquement baptisé Live Up, qu’ils ont mis en boîte entre l’automne dernier et le début l’année, suivi des arrangements, du mixage, du mastering, jusqu’à sa sortie le 8 juin. « “Live Up” est une expression qui n’a pas vraiment de traduction littérale en français… En quelques mots, ça signifie “vivre sa vie à fond”, croire en soi et travailler dur pour atteindre ses objectifs, ne rien lâcher malgré les épreuves et continuer à vivre sa vie pleinement quoi qu’il arrive ! », admet le guitariste-chanteur Sanka.
Les thèmes présents sur cet album sont relativement variés, proches de ceux du premier album, en lien avec la vie, et aussi l’écologie, la justice, ainsi que quelques sujets plus personnels... « On y trouve pas mal de nouvelles esthétiques et couleurs. Nous avons la volonté de ne pas rester sur nos acquis et de continuer à explorer les multiples possibilités dans la formule que nous avons choisie. Nous avons donc essayé de peaufiner notre fusion musicale pour appuyer davantage notre propre style.» Le beatboxer N-Jin rajoute : « Après un premier album qui a été notre carte de visite, volontairement épuré afin de rester au plus près de ce que nous offrons sur scène, nous avions hâte de pouvoir prendre plus de liberté sur les arrangements. Sur ce disque, vous entendrez des lignes de basse, des overdubs de beatbox et de guitare, ainsi que des chœurs. Il a été enregistré, mixé et masterisé au studio Pica-Pica à Toulouse par DJ Logilo [Sage Poètes de la Rue, Big Flo et Oli, Puzzle…]. Comme pour son premier opus, Satya fait appel à Gutter pour réaliser la pochette. « Nous voulions un visuel fourni qui inciterait à le regarder attentivement. C'est une représentation symbolique dont nous laissons la libre interprétation à chacun. (…) Quand nous avons commencé, nous étions deux pour gérer tous les aspects du projet Satya. Aujourd'hui, l'équipe de Bajo El Mar s’occupe de remplir notre agenda de dates de concert et de la gestion administrative. Autre nouveauté, la distribution digitale de l’album est assurée par [PIAS] France, grâce au label Khanti Records. Ces partenariats nous permettent de garder une totale liberté sur la création, tout en nous offrant une force non-négligeable pour avancer ! » Satya sera en concert tout l’été jusqu’à la fin de l’année. Après les clips de « Never Stop Music » et « If You Don’t Know » feat. Melan, un troisième arrivera sur la Toile dans les prochaines semaines… Les bonnes nouvelles continuent !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°61 - août/septembre 2018)

samedi 18 août 2018

Omar Perry - Interview

Omar Perry vient de réaliser un nouvel album avec des musiciens français, Jonas « Koffi » Gouraud et le Soulnation Band. Disponible depuis le 25 mai, New Dawn est un disque résolument roots, où le chanteur jamaïcain, fils de Lee « Scratch » Perry,  exprime toutes ses bonnes intentions. Les clips de « Living Legend » et « Sound The Trumpet » (feat. Dub Inc) sont déjà sur la Toile !

Dix ans après ton premier album, Man Free, tes inspirations musicales sont-elles toujours les mêmes ?
Depuis ce moment-là jusqu’à aujourd’hui, je crois que je suis encore plus inspiré ! Comme nous le savons tous, l’expérience enseigne la sagesse. J’ai écrit d’innombrables chansons et une belle poignée d’albums figure dans mon catalogue, sans compter tous les morceaux inédits et ceux que j’ai encore dans mes tiroirs…

Pourquoi as-tu décidé d’appeler ton nouvel album New Dawn ?
J’ai choisi ce titre en raison de toutes les choses qui ont permis de mettre en place cet album. C’est comme une renaissance. Par exemple, la rencontre avec Jonas et son groupe. C’est aussi la première fois que je fais un album avec ce concept entièrement roots. Je le sens vraiment comme une ouverture sur l’avenir.
 
Quand as-tu commencé à travailler sur New Dawn ?
Nous travaillons dessus depuis plus de deux ans et demi. Au début, il y avait surtout des pistes MIDI. L’année dernière, quand nous nous sommes mis en relation avec le label Khanti Records, nous avons décidé d’aller au Wise Studio pour avoir une vraie vibration live.

Quand et comment as-tu rencontré Jonas « Koffi » Gouraud qui a composé tous les instrumentaux ?
Je crois que c’était en 2015. J’ai reçu un email sur Facebook qui disait : « Salut Omar, je suis un batteur et producteur de riddims français. Je fais du roots et du new-roots. Je peux t’envoyer quelques riddims pour que tu les écoutes et voir si nous pouvons faire quelque chose ensemble. » Il m’en a envoyé quelques-uns qu’il avait déjà faits avec d’autres artistes et j’ai tout de suite aimé le style qu’il avait. Il m’a ensuite envoyé quelques instrumentaux sur lesquels j’ai posé ma voix et encore d’autres. Je ne pensais pas à faire un album à ce moment-là mais quand nous avions déjà cinq ou six morceaux, j’ai senti que c’était le début d’un nouveau voyage, donc nous avons décidé de faire un album complet ensemble.

Comment s’est passée la collaboration avec le Soulnation Band pendant les enregistrements ?
C’était génial parce qu’ils avaient répété avant pour bien savoir ce qu’ils devaient faire. Ils étaient tous très énergiques et prêts à s’impliquer totalement dans le travail de studio. Ce sont de jeunes musiciens et ils s’étaient préparés à travailler dur pour ce projet.
 
Depuis quand vis-tu en Belgique ? Avais-tu déjà travaillé avec des musiciens français auparavant ?
Je vis en Belgique depuis plus de quinze ans maintenant. Oui, j’ai travaillé avec quelques musiciens français depuis le temps. Le premier et le meilleur groupe avec lequel j’ai travaillé est le Homegrown Band mené par Guillaume « Stepper » Briard. Nous avons d’ailleurs produit l’album Can’t Stop Us en 2009 ensemble.

Les deux chanteurs de Dub Inc apparaissent sur le titre « Sound The Trumpet ». Comment est née cette collaboration ?
Avec Dub Inc, on se connait depuis 2005. Je les ai rencontrés à Saint-Etienne par l’intermédiaire d’un ami commun. A l’époque, ils voulaient que je participe à leur second album, Dans Le Décor. Ça a donné « Achtah », un big tune ! Nous avons eu l’habitude d’être sur des festivals ensemble au fil des années. Quand nous jouons ce morceau, il y a toujours un énorme engouement dans le public. Quand Jonas m’a envoyé des instrumentaux et que j’ai entendu ce dernier, j’ai tout de suite su que c’était parfait pour faire un featuring avec Dub Inc. Donc j’ai contacté Komlan et je leur ai proposé, ils étaient tous les deux partants. J’ai écrit la chanson et je leur ai expliqué le thème pour les espaces que je leur avais laissés sur l’instrumental.

Comment ont été écrites les chansons avec Jah Mason (« Educated Fools ») et Cedric Myton (« Checking For Me ») ?
Vous savez que The Congos est l’un des principaux groupes qui travaillaient avec mon père. Je suis proche d’eux depuis que je suis tout petit. Quand ils jouent en Belgique et que je ne suis pas trop occupé, j’essaie toujours d’aller les voir. Là aussi, il y avait un riddim que m’avait envoyé Jonas qui était exactement le style des Congos. J’ai appelé Cedric, je lui ai dit que je travaillais sur un nouvel album et que je voulais qu’il soit dessus. Il m’a répondu : « Omar, tu sais que tu es comme un fils pour moi. Envoie-moi le riddim, j’enregistrerai en Jamaïque et je t’enverrai les voix. » C’est ce qu’il a fait juste après. Même chose avec Jah Mason, je le connaissais quand j’habitais en Jamaïque. Au milieu des années 1990, je travaillais au One Blood Studio de Junior Reid. Nous sommes bons amis depuis cette époque. Je savais que nous ferions un jour un duo ensemble. Je suis allé en Jamaïque pour le voir, c’était la dernière chanson de l’album. J’ai aussi écrit les paroles et laisser des blancs pour sa partie.

Tes chansons parlent d’humanité, de liberté, de violence… Que penses-tu de la situation actuelle dans le monde ? Comment peut-on être rasta en 2018 ?
Etre rasta n’a rien à voir avec l’époque mais plutôt avec la façon de voir la vie et la réalité. C’est être conscient de son environnement. Etre rasta est un concept concernant la manière dont on veut vivre. Si je n’étais pas artiste, je ferais un travail différent mais je pourrais toujours être rasta et garder la même méditation. Comme disait Marley, tout le monde a le droit de choisir son propre destin, et j’ai choisi le mien.

Tu es le fils de Lee « Scratch » Perry, un grand homme dans le reggae ! Quelle est la plus importante leçon que tu as reçue de ton père ?
Il faudrait des pages en plus pour raconter tout ça ! La principale leçon que j’ai apprise de lui est de ne jamais abandonner, d’être toujours un meneur, de ne jamais laisser quelqu’un vous dire que vous ne pouvez pas.

Pour finir, qu’aimerais-tu dire aux lecteurs de Reggae Vibes ?
Il y aura des obstacles sur le chemin tout au long de votre vie. Quand tu tombes, relève-toi et essaie encore. La chose le plus importante dans la vie est la famille et de se soutenir les uns les autres. Il faut donner de l’amour si tu veux en recevoir. Blessed Love !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°60 - juin/juillet 2018)

vendredi 10 août 2018

Mellow Mood - Interview

Les musiciens italiens de Mellow Mood, reconnaissables entre mille avec leurs jumeaux locksés au micro, affichent un cinquième album au compteur intitulé Large. Si le titre est à la hauteur du résultat, Jacopo et Lorenzo se sont fait un plaisir de nous présenter ce nouvel opus, sans se priver de revenir un peu sur leurs débuts et les disques précédents.

Large vient de sortir le 6 avril dernier. Pouvez-vous présenter en quelques mots ce nouvel album ?
C’est notre cinquième album et notre travail « le plus reggae » jusqu’ici. Nous sommes particulièrement contents de ces douze chansons et il est très représentatif de là où nous en sommes dans notre voyage musical.

La vibration de cet album est très roots ! Que souhaitiez-vous musicalement quand vous avez commencé à travailler dessus ?
Nous voulions exactement ce qu’est cet album au final ! Nous voulions un son puissant et nous nous sommes débarrassés de toutes les choses inutiles que nous mettions parfois dans nos chansons. La tracklist est très harmonieuse, l’écriture, simple et efficace, et l’atmosphère générale de l’album est plutôt homogène.

Pour revenir un peu en arrière, quand et comment avez-vous découvert le reggae ?
Quand nous étions adolescents, la discographie de Marley a été une grande découverte. C’était si différent de ce qu’on entendait à la radio et chez nous. Pourtant, il y avait quelque chose qui nous faisait nous sentir vraiment proche de cette musique. C’est la magie de Marley !

Quand avez-vous vraiment commencé à chanter ?
Nous avons commencé quand nous étions enfants et, comme tous les enfants, nous voulions chanter les chansons que nos parents jouaient à la maison. Ce que nous aimons là dedans est justement le fait de les écrire et de les chanter. Il y a certains aspects de la musique et de la créativité qui ne s’expliquent pas.

Quels sont vos chanteurs et groupes préférés ? Aimez-vous les mêmes choses ?
Dans le groupe, nous aimons tous principalement la musique noire et écoutons, évidemment, beaucoup de musiques jamaïcaines. Certains d’entre nous préfèrent les nouveaux sons comme le dancehall, d’autres écoutent plutôt des sons roots ou dub… Lorenzo est un grand fan de Busy Signal tandis que Giulio est un très grand fan de Midnite, par exemple. La musique reggae sous toutes ces formes est ce que nous écoutons le plus.

Le groupe Mellow Mood est né en 2005, quand vous étiez étudiants. Qui étaient les musiciens du groupe à l’origine ? Y a-t-il eu des changements depuis ?
Bien sûr, il y a eu des changements dans la composition du groupe. Nous, les jumeaux, sommes là depuis le premier jour. Giulio nous a rapidement rejoints, puis Filippo en 2011 aux claviers, Antonio est le nouveau batteur depuis 2015. Lorsque nous avons démarré, nous étions juste un groupe d’amis qui voulaient passer du temps ensemble à faire quelque chose de différent. Au début, nous avions un autre clavier, une section de cuivres, un percussionniste… Il y a même eu une courte période où nous avions deux batteurs !

Quand avez-vous rencontré le producteur Paolo Baldini ?
Nous avons rencontré Paolo au tout début, quand nous avions juste quelques démos. Nous venons de la même petite ville et il n’y avait pas une grande scène reggae… Il était donc très facile de se connaître. Il a immédiatement vu qu’il y avait un certain potentiel dans le groupe et a proposé d’enregistrer les chansons que nous avions préparées à l’époque.

Large est votre cinquième album. Pensiez-vous en faire autant au commencement de Mellow Mood ?
Absolument pas ! Tout était – et est encore – très spontané et naturel, avec aucun plan en tête. Nous n’avions aucune idée de ce que cela signifiait d’être musicien, alors nous avons tout appris petit à petit… et nous sommes d’ailleurs toujours en train d’apprendre. On se souvient quand on a eu la première boîte de CDs de Move!, nous étions très fiers, mais, honnêtement, nous ne pensions pas réaliser quatre autres disques !

Quels souvenirs gardez-vous de ce premier album sorti en 2009 ?
Ce disque est très authentique, même naïf. Les chansons sont vraiment « Marley-esque » et elles sonnent très jeunes. Quand nous l’avons enregistré, nous étions vraiment des débutants – à peine dix-neuf ans – et nous n’avions aucune idée de comment jouer nos chansons. Paolo était aussi un très jeune producteur à l’époque, nos moyens étaient donc limités. Nous avons enregistré la plupart des instruments chez Paolo, mais nous avons fait les batteries chez Giulio, parce que Paolo n’avait pas de grande pièce, donc nous avons aussi fait les voix dans la cuisine.

Avec le deuxième, Well Well Well, vous avez signé avec le label La Tempesta et fait beaucoup de concerts en Europe, n’est-ce pas ?
Oui, c’est exact. C’était notre premier contrat d’enregistrement et le début d’une autre grande aventure. Nous avons maintenant notre propre sous-label, La Tempesta Dub. Les gars de La Tempesta ont tout de suite pensé que nous pouvions beaucoup jouer hors de l’Italie et nous ont donné un bon coup de pouce. Nous avons fait beaucoup en Europe avec la tournée de Well Well Well, c’est la période où nous avons commencé à gagner en notoriété dans les autres pays. Tout le monde connaissait « Dance Inna Babylon » de Move!, mais cette tournée a été la première fois où les gens en dehors de l’Italie pouvaient nous entendre jouer en live.

Pourquoi avez-vous appelé le troisième album Twins ?
Lorsque nous étions prêts à enregistrer notre troisième album, nous avions beaucoup de pistes. Nous voulions donc sortir un double album intitulé Twins, car, pour la première fois, chaque jumeau avait écrit le même nombre de chansons. C’était aussi la première fois que tout le groupe comprenait que Jacopo et Lorenzo étaient sans aucun doute « le marteau visuel » du groupe. Mais un double était probablement trop difficile à promouvoir et nous avons décidé de le diviser en deux albums, sortis à moins d’un an d’intervalle l’un de l’autre.

2 The World est donc sorti en 2015. Il y a plusieurs voix féminines invitées sur cet album (Tanya Stephens, Jah9, Hempress Sativa…). Pourquoi avez-vous choisi ces collaborations ?
Nous aimons vraiment leurs vibes et leurs styles, Nous entretenons de très bonnes relations amicales avec ces grandes artistes et nous aimons quand un featuring naît d’une amitié, plutôt que juste d’une collaboration studio. Nous étions aussi avec Jah9 lors de ses concerts en Italie et avons fait une tournée de clubs ensemble aux Etats-Unis l’année dernière. Sinon, tout le monde connaît la collaboration de Hempress Sativa avec Paolo Baldini DubFiles, « Boom (Wa Da Da Deng) ».

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°60 - juin/juillet 2018)

dimanche 5 août 2018

Lyricaly

Lyricaly vient tout juste de remporter les Victoires du Reggae dans la catégorie « Révélation de l’année » avec son album Force, disponible depuis le 25 novembre. Une récompense bien méritée pour l’artiste déjà remarqué trois ans plus tôt par le réseau Fraca-Ma dans son département de l’Indre.
Kevin Galea débute la musique vers l’âge de dix-huit ans, d’abord par le rap, puis glisse doucement vers le reggae, lorsqu’il habite à Marseille et commence à fréquenter ses sound systems, comme plus tard à Lyon. D’influences diverses et variées, allant de James Brown à Michael Jackson, en passant par Bob Marley et Alpha Blondy, l’aspect réalité du rap et du reggae nourrit ses premières inspirations. De retour ensuite à Châteauroux, c’est en 2014 qu’il se focalise pleinement sur le projet Lyricaly, après avoir fait notamment partie du groupe Silence Noir et s’être produit régulièrement sur scène en solo avec Selecta Ras Cedric. Le premier EP, Le Temps Qui Passe, sort en avril 2015, à la suite d’une sélection départementale à un tremplin d’artistes et d’un dispositif d’accompagnement, La Rockade, mis en place par la fédération Caiman. Vers avril 2016, il commence à travailler sur l’album Force, en choisissant d’abord les instrumentaux. Quelques semaines plus tard, les textes prennent déjà forme. Max Livio le contacte et le met en relation avec d’autres beatmakers comme Massiv Job. Les compositions de l’album viennent également de Madasquad, Jagan Makoka, Edwin Cardot, Jonathan Horowitz, Serial-P et Max Livio lui-même. Les enregistrements des voix se déroulent dans le home-studio de ce dernier, entre octobre et avril, lui apportant tout le bénéfice de son oreille et de son expérience. Les deux chanteurs partagent d’ailleurs le micro sur « Demain sera un jour meilleur ». D’autres invités viennent aussi donner leur force : Brahim sur « Maintenant qu’on est là », Rosa Shanti sur « Tes Promesses » et Missié Bamboo sur « Lyrical War ». « J’ai voulu synthétiser l’esprit et le message de l’album par ce titre, Force, qui est aussi celui d’un morceau. Il reflète un état d’esprit et une volonté à un moment de ma vie, où j’ai compris qu’il fallait être fort et persévérant pour atteindre ses objectifs, ne jamais lâcher, ne jamais abandonner… Mais aussi, pour donner de la force en musique à tous ceux qui en ont besoin, en abordant des thèmes de la vie de M. Tout le monde, car je sais que cela fait du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls à vivre, comprendre ou voir certaines choses. Il est question également de bienveillance, de la force que nous devons nous donner mutuellement, de se soutenir dans l’épreuve et lors des moments difficiles, car nous en avons tous besoin…» Après avoir démarré l’année avec cette belle Victoires du Reggae, Lyricaly compte donner un maximum de concerts dans les prochains mois en sound system ou avec la Marakujah Family de Limoges, sans manquer de commencer d’ores et déjà à écrire les lignes d’un prochain album tout aussi puissant… Que la force soit avec lui !

Simba


(pour Reggae Vibes Magazine n°60 - juin/juillet 2018)